Crim’HALT sur RT France : Slovaquie, la mafia sévit-elle en Europe Centrale ?

Suite à l’assassinat du journaliste Jan Kuciak en Slovaquie en février dernier les questions restent nombreuses. La mafia italienne est-elle implantée en Slovaquie ? A t-elle un lien avec le gouvernement slovaque ? Que soulève l’assassinat de ce journaliste ?

Pour répondre à ces questions, Oleg Shommer a retrouvé le spécialiste de la mafia Fabrice Rizzoli.

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Fabrice Rizzoli, l’Echiquier Mondial, 03/03/18, RT France

 

Le meurtre de ce journaliste ne représente pas un fait nouveau, on estime qu’ils sont 50 en Europe à avoir été assassinés ces dix dernières années. Seulement ce meurtre, transformé en crise politique, soulève la question de l’implication de l’Etat dans l’élucidation de ces crimes car dans la majorité des cas les assassins ne sont jamais retrouvés. Il s’agit pourtant d’un « enjeu démocratique fondamental« .

En l’espèce, Jan Kuciak enquêtait sur les liens de la mafia italienne et du gouvernement slovaque. Présente depuis les années 90, la mafia occupe les terres agricoles slovaques pour récupérer les subventions européennes. « Là où les criminalités sont plus puissantes, les fraudes sont plus puissantes« 

Ici aussi, le président de Crim’HALT s’interroge sur l’implication ambiguë des Etats pour faire cesser ces fraudes.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur Youtube :

 

 

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Conférence-débat avec Pierre Folacci, ancien n°2 de la PJ à Marseille

CondeJean Sansone, référent du Groupe local d’Anticor 13 et président de l’association Cabries défense et développement vous convient à une conférence-débat avec Pierre Folacci, auteur de « Condé ».
L’ancien numéro 2 de la PJ à Marseille, nous plongera au sein du travail des enquêteurs dans la cité phocéenne. Nous fera-t-il découvrir l’ époque particulièrement violente consacrée à la reprise en main du milieu par Francis Vanverberghe dit « le Belge »?

I. Le contexte

« La guerre des boîtes de nuit » 

A sa sortie de prison en 1984, le Belge avec son fidèle associé et beau-frère Tony l’Anguille, va s’insérer dans le milieu aixois. Puis, en association avec Jacky Le Mat (rarement condamné), ils vont « nettoyer » les restes du clan Zampa à Marseille et dans la région. Viendra ensuite la guerre sanglante des boîtes de nuit dans les Bouches du Rhône avec le clan de Raymond Mihière dit « le Chinois »  et le clan de Souhel Hanna-Elias dit « Joel le Libanais », qui deviendra plus tard un des lieutenants de le Belge.
La guerre des Boîtes aixoises reste l’événement le plus marquant des années 90. Elle se termine en 1993, et l’année suivante le Belge part s’installer à Paris où il vivra du revenu des machines à sous clandestines et de la prostitution.

« Rivalités entre Corses et associés du Belge pour le contrôle du milieu marseillais » 

Après l’assassinat du Belge en 2000, le milieu marseillais semble être repris en main par les Corses qui en avaient été éclipsés à la suite de l’assassinat de Marcel Francisci, en 1982, et celui de Paul Mondoloni et en 1985. Très organisés, les Corses se partagent les affaires entre une partie des Bastiais de la Brise de Mer, les Corses de Marseille et un italo-marseillais en vue de reprendre le contrôle des affaires du Belge.
Sauf qu’un ancien lieutenant du Belge et de Tony l’Anguille, un certain Farid Berrhama, dit « Gemlin » ou « Fafa » ou encore « le rôtisseur », bien connu pour faire brûler le corps de ses victimes dans le coffre d’une voiture, perce et pendant un certain temps vient faire sa place dans le trafic de stupéfiants. Gourmand, « le rôtisseur » implante des machines à sous dans certains bars tenus par d’autres équipes, et tente de racketter les boîtes de nuit tenues par le milieu Corse. Il se fait assassiner au Bar des Marroniers en 2006 par un commando corse piloté par Ange Toussaint Federici dit ATF (cf. condamnation définitive)
Ce règlement de compte conduira les enquêteurs marseillais jusqu’au cercle de jeux Concorde, et l’interpellation du banquier suisse François Rouge, le truand Roger Cassone, Paul Barril, et quelques anciens du milieu marseillais qui sous couvert de gérer le cercle Concorde blanchissaient de l’argent sale.
Les écoutes téléphoniques viennent vite révéler une discorde autour de la gestion des gains du cercle et du restaurant de luxe attenant… En 2007, clap de fin : le cercle de jeux sera fermé, et Ange Toussaint Federici sera condamné à 28 ans de prison en décembre 2010 pour la tuerie des Marroniers.
Depuis 2007, le banditisme local est toujours nourri par la drogue et les machines aux côtés desquels prospère le racket des boîtes de nuit (Cf affaire Calisson). ‘On » dit que le milieu s’est balkanisé entre les caïds des cités, des équipes de l’étang de Berre ou de Salon de Provence, et les Corses ou les Marseillais qui tiendraient la cité phocéenne.

Nous aimerions en dire plus mais le rapport de la PJ (Sirasco) n’est pas public : « dormez braves citoyens »

II. Le Livre

Pierre Folacci publie un livre riche, honnête et empli de passion pour le métier de policier enquêteur. Il n’épargne pas les collègues corrompus et surtout pas la hiérarchie jusqu’à notre ancien ministre de l’intérieur condamné pour corruption! (cf. opération Guéant rends l’appartement)

L’auteur revient souvent sur l’importance des sources en interne pour mener à bien la mission de police judiciaire ; justifiant ainsi la pratique des « cousins », des informateurs issus de la criminalité. Pierre Folacci ne nie pas que cette pratique produit une forme d’impunité ; le gangsters ou simple trafiquant donne des informations à la police en échange de service tel que ne pas être arrêté dans une autre affaire. La philosophie est assumée : « la fin justifie les moyens« .

Crim’HALT qui a pour vocation de proposer des solutions confirme : il n’est pas possible de lutter contre un phénomène clandestin sans information de l’intérieur! Pour autant, nous nous interrogeons sur cette pratique systémique du « cousin » dans la police française. Au vu des scandales de très grandes ampleurs, de Marc Fievet (aviseur des Douanes) à Hubert Avoine, infiltré des l’OCTRIS (PJ), nous pensons qu’il est plus sain de s’appuyer sur des criminels qui décident de rompre avec leur milieu en échange de protection.

Retrouvez notre tribune « Pour un statut de coopérateur de justice »

Bon débat!

 

Légalité, Antimafia : la Caravane passe… avec Crim’HALT

unnamedLa Caravane de la légalité, est organisée, en Europe par ARCI et la Ligue de l’enseignement en France. Appelée aussi caravane antimafia, ce projet européen traverse en fourgon l’Europe.  A l’occasion de sa venue dans le Sud de la France du 4 au 17 avril, le président de Crim’HALT, enseignant « dans le civile », est intervenu dans le lycée Giocante de Casabianca.

La participation de Crim’HALT s’inscrit dans les intervention de FLARE France : en 2011, à Bastia, à Marseille et en Suisse.

IMG-20180409-WA0007« La caravane internationale anti-mafia, en cohérence avec son histoire, se propose , en 2018, de faire porter plus spécialement son attention sur les grandes transformations des organisations criminelles, mafieuses ou non. Les mafias, partout, sont un phénomène complexe, articulé, jamais statique
Pour cette raison, il est nécessaire de faire une lecture complète de l’organisation ou du système ramifié qui unit les chefs, les hommes de main, les complices… Un système élastique, adaptable à différents territoires et pays.« 

La caravane est animée par Alessandro Cobianchi, prix Falcone 2014 et avocat intervenant social dans les prisons et dans la cité de Bari.

Alessandro et Rodolfo, les italiens, ont insisté sur les stéréotypes qui sévissent en Italie en réduisant les Siciliens et autres gens du sud à des mafieux notamment avec la vente de souvenir pro-mafia. Les jeunes corses ont peu trés percevoir en miroir les préjugés dont ils sont parfois victime en France…

IMG-20180409-WA0013Puis, les lycéens ont posé leur questions et vu une partie du documentaire «Terres de musique, voyage à travers les biens confisqués». Il s’agissait d’insister sur la mesure phare pour lutter contre les criminalités complexes : l’usage social des biens confisqués. La législation italienne met à disposition les biens mal acquis à des associations. Par exemple, 9 coopératives agricoles Libera terra produisent des merveilles bios sur des terres confisquées.

30530677_1724008144304257_654208958965219328_nC’est alors que Fabrice Rizzoli fait basculer la journée en ouvrant deux paquets des Taralli, des biscuits salés produits dans les Pouilles sur des terrains qui apparentaient à des mafieux!

l’Antimafia par le ventre emporte l’adhesion de lycéens conquis!

Alessandro Cobianchi citoyen de Bari a pu expliquer en détail comment ces terres avant aux mains des mafieux sont devenus les terrains de TOUS.

30595181_1724008067637598_2831451520531169280_nIl ne restait plus qu’aux lycéens de penser à une loi idoine en France afin de réintroduire les biens confisqués, en France dans l’économie légale… Et pour remercier les enseignants du lycée pour leur accueil, Anna Grosmann s’est vu offrir un paquet de Frollini, des  gâteaux sucrée, cette fois 🙂

Pour en savoir plus :

L’usage social des biens confisqués a été voté par l’assemblée nationale le 22/12/2016 mais retoqué par le Conseil Constitutionnel : Communiqué de presse : les biens confisqués échappent à la société civile !

Crim’HALT avec la coopérative Valle del Marro

Crim’HALT apporte tout son soutien à la Coopérative Valle del Marro (située en Calabre, Italie) victime d’une attaque visant à intimider ceux qui travaillent sur des terres confisquées aux mafieux.

La Valle del Marro exploite plusieurs terrains confisqués, par la justice italienne, à des groupes criminels  (appartenant à la ‘ndrangheta)

Dans la nuit du 2 au 3 avril dernier, 200 plants de Kiwi ont été arrachés! C’est le 4ème attentat contre cette entreprise agricole après un incendie et des moyens de production et arrachage de centaine d’oliviers centenaires en 2006 (valeur 600 000 euros…).

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Le président de la coopérative devant des étudiants

Nous faisons notre les mots du vice-président de la coopérative Antonio Napoli : « Les principaux perdants de cet acte odieux sont les criminels eux-mêmes. […] Nous souhaitons continuer à combattre la ’ndrangheta en repartant d’un développement économique sain, qui puisse porter ses fruits à l’ensemble des habitants de la plaine de Goia Tauro ». Cf.  Il fatto

Pour découvrir comment fonctionne la Coopérative Valle del Marro, retrouvez un très bon papier  ici

Retrouvez aussi notre vidéo du 9 décembre, journée mondiale de lutte contre la corruption avec des photos de la coopérative Valle del Marro comme cas d’école de l’utilisation des biens confisqués à la fin de la vidéo (4:45)

 

L’usage social des biens confisqués a été voté par l’assemblée nationale le 22/12/2016 mais retoqué par le Conseil Constitutionnel : Communiqué de presse : les biens confisqués échappent à la société civile !

 

Crim’HALT se rend au procès « Carbone Marseille » : l’escroquerie du siècle!

Durant deux mois s’est tenu au tribunal correctionnel de Paris le procès du « Carbone marseillais ». Crim’HALT, par le bais de sa stagiaire, s’est rendu au tribunal pour vous :

Tout d’abord quelques chiffres pour mieux comprendre ce « casse du siècle »:

  • 36 prévenus
  • 386 millions d’euros soustraits au fisc français
  • 223 comptes bancaires ouverts dans 25 pays
  • 10 à 12 ans d’emprisonnement et 10 millions d’euros d’amende requis contre la principale prévenue

 

Qu’est-ce qu’une fraude à la TVA ? 

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Cette fraude à la taxe carbone s’est caractérisée par l’envergure des sommes détournées, le « casse du siècle« , « inédit et démesuré« , « une atteinte aux intérêts de la Nation » pour le Parquet national financier.

Un nombre conséquent d’individus impliqués avec 36 prévenus dont trois principaux, Christiane Melgrani, Gérard Chétrit et Eric Castiel.

A l’issu du procès ce sont donc 12 ans de prison et 10 millions euros d’amende requis contre Christiane Melgrani, la « marraine du panier » et cerveau de l’escroquerie, accusée d’escroquerie en bande organisée, blanchiment et association de malfaiteurs. Elle est par ailleurs jugée en récidive puisque déjà condamnée dans le passé pour des faits similaires.

10 ans de prison et 20 millions d’euros d’amende pour le financier Gérard Chétrit, deuxième protagoniste central dans l’affaire.

10 ans de prison et 5 millions d’euros d’amende pour Eric Castiel.

Pour les 33 autres prévenus, ce sont des peines allant jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et 1 million d’euros d’amende qui ont été requises.

 

Des affaires qui inspirent le cinéma français : Menacé de perdre son entreprise, Antoine Roca, un homme ordinaire, met au point une arnaque qui deviendra le casse du siècle. Rattrapé par le grand banditisme, il lui faudra faire face aux trahisons, meurtres et règlements de compte.

 

 

Conférence IRIS : de quoi l’argent sale est-il le nom ?

A l’occasion de la parution du livre Argent sale. A qui profite le crime ? (Eyrolles), co-écrit par Carole Gomez et Sylvie Matelly, l’association Anticor était invitée à participer à la conférence-débat « De quoi l’argent sale est-il le nom? » le 20/03/18.

Liste des intervenants : Éric ALT, magistrat français et vice-président au sein de l’association Anticor, Carole GOMEZ, chercheuse à l’IRIS, Sylvie MATELLY, directrice adjointe de l’IRIS, et Éric VERNIER, professeur de finance à Sup de Co, spécialiste du blanchiment de capitaux. et auteurs d’ouvrage de référence sur le blanchiment avec la participation du président de Crim’HALT.

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Au cours de cette conférence plusieurs enjeux ont été développés autours de la notion d’argent sale : qu’en est-il de sa définition, ses mécanismes, ses sources et ses acteurs ?

Il n’existe pas de réelle définition de « l’argent sale » dans la mesure ou son objet est extrêmement difficile à délimiter. A mesure que différentes colorations lui sont attribuées, entre argent noir et argent gris, déterminer ses contours reste complexe. In fine, on parvient à en saisir la substance sans en comprendre les mécanismes.

Ces mécanismes résident dans le blanchiment d’argent ou l’argent sale, issu d’activités illégales, va venir occulter l’origine des fonds pour que ceux-ci soient réinjectés dans la sphère légale. Ainsi se soulève la question des sources, d’où vient-il ? Les paradis fiscaux également qui, en tant que paradis bancaire et judiciaire, permettent à l’argent sale de se développer en toute discrétion à l’abri des sanctions judiciaires. C’est cette opacité qui révèle toute la complexité de l’argent sale.

Finalement, la définition de l’argent sale émane surtout de la perception que l’on s’en fait et à mesure que la société civile évolue et que le législateur intervient cette interprétation évolue.

Pour réguler et contenir le développement de l’argent sale il est nécessaire de s’appuyer sur ces deux derniers acteurs : la société civile et le législateur. Tout deux ont désormais un réel rôle à jouer, qu’il s’agisse d’alerter, contrôler et sanctionner. Au final la lutte contre le développement de l’argent sale résidera dans l’intervention conjointe de la société civile et du pouvoir législatif.

Retrouvez une itv du président de Crim’HALT, en 2014, sur un affaire de blanchiment très importante « Retrovirus »