La piraterie : nouvelle menace dans les côtes du Venezuela

Cet article reproduit une publication parue sur le site www.insightcrime.org   

Une enquête journalistique montre qu’un petit morceau d’eau entre la côte est du Venezuela et l’ile de Trinité-et-Tobago est devenu un refuge pour les pirates et les criminels qui font la contrebande entre les deux nations. Ce constat met en évidence les conséquences de l’échec du gouvernement vénézuélien pour assurer la sécurité dans son territoire.

Le golfe de Paria, 16 kilomètres d’eau des Caraïbes qui séparent le Venezuela et le Trinité-et-Tobago, est maintenant infesté de pirates et de contrebandiers qui vendent des couches, de la drogue, des armes, de la nourriture, des animaux sauvages et des personnes.

Ce rapport de Bloomberg examine comment les trafiquants -des anciens pécheurs- échangent tout : armes à feu, de la vodka, de l’essence. Malgré l’inflation massive du Venezuela, l’essence coûte encore environ 40 cents par gallon – une fraction du prix des pompes de Trinidad, tandis que, sous le gouvernement de Nicolas Maduro, les couches et la nourriture sont thésaurisées « comme des barres d’or ».

Les pénuries alimentaires ont secoué le Venezuela depuis le début de la crise d’inflation, ce qui a mené à des fortes manifestations. Les contrebandiers dans le golfe de Paria profitent de la forte demande de produits de base pour les introduire par la côte Caraïbe. Les enlèvements sont également récurrents, les criminels retiennent des pêcheurs locaux pour une rançon, dont un homme qui a été libéré pour 46 000 dollars.

Bien que les ministères des Affaires étrangères vénézuéliens et trinidadiens aient tenu des négociations bilatérales en novembre 2017 pour discuter de la normalisation du flux de biens et de personnes, les activités illicites ont continué de prospérer.

Les marchés noirs en plein essor dans le golfe de Paria sont le résultat de la crise politique et économique prolongée au Venezuela. Les homicides et les enlèvements sont monnaie courante dans le pays et Caracas, la capitale, est aujourd’hui la ville la plus meurtrière du monde.

Dans un pays au bord d’une catastrophe humanitaire, l’administration de Maduro lutte pour maintenir le pouvoir même sous une forte pression internationale.

Au milieu du chaos, de nouveaux groupes criminels organisés ont vu le jour dans les prisons du pays, dans l’armée et dans les rues sous la forme de mégabandas et de colectivos – groupes pro-gouvernementaux armés par l’administration Maduro.

Même des proches du président ont été directement impliqués dans des activités criminelles. Deux des neveux de Maduro, surnommés les «neveux du narco», ont été reconnus coupables en 2016 et condamnés à 18 ans de prison pour avoir expédié 800 kilogrammes de cocaïne aux États-Unis.

Vous pouvez accéder à l’article original en anglais ici.

2018 : année décisive pour l’Amérique latine

Corruption, crime organisé et élections

en Amérique latine

La dizaine d’élections prévues pour cette année pourrait transformer le visage de la région. Lors que plus de la moitié des latino-américains s’apprêtent à voter, les liens persistants entre le crime organisé et la classe politique rendent le tableau électoral très sombre.

Par Rosario Rodas


 

Le coup d’envoi a été lancé en février dernier avec les élections présidentielles au Costa Rica. En avril c’était le tour du Paraguay, qui changeait de président pour la septième fois depuis l’ouverture démocratique. Ce même mois le Cuba tournait (à moitié) la page « Castro » de son histoire avec l’investiture d’un nouveau président. Le 20 mai les vénézuéliens ont voté pour le maintien de Nicolas Maduro à la tête d’un gouvernement en crise qui s’accroche au pouvoir dans un pays bouleversé.

Le 27 mai, la Colombie élira le successeur du Prix Nobel Juan Manuel Santos dans une élection qui s’annonce historique car ce sera la première fois que la guérilla des FARC, transformée en parti politique, participera aux présidentielles. Le 1er juillet, les Mexicains éliront président, sénateurs, députés et maires. Traditionnellement contraire aux tendances politiques dominantes dans la région, le Mexique semble se tourner à gauche : Andres Manuel Lopez Obrador, candidat pour la troisième fois, fait pour le moment la course en tête. Finalement, le calendrier électoral sera fermé en octobre avec la présidentielle au Brésil, où le favori est l’ancien président Lula, qui purge depuis le 7 avril une peine de douze ans de prison pour corruption.

Et c’est précisément la corruption, endémique dans la région, une des principales menaces qui pèsent sur ces évènements électoraux.  La corruption est un problème politique et économique de « haut niveau » qui affaiblit le développement et la démocratie. La corruption des élites et systèmes politiques met en péril l’état de droit et provoque des frustrations parmi les citoyens et, en conséquence, des taux élevés d’abstentionnisme. En réaction à une classe politique fragilisée et décrédibilisée on peut constater l’émergence des outsiders radicaux (Jair Bolsonaro, au Brésil), et des populistes (Lopez Obrador au Mexique et Gustavo Petro en Colombie).

L’affaire Odebrecht c’est peut-être le cas de corruption le plus emblématique des dernières années. Le scandale autour du géant brésilien du BTP a touché la quasi-totalité du continent. Tout éclate en décembre 2015 quand plusieurs cadres du groupe ont confessé devant la justice brésilienne avoir financé des campagnes électorales à travers tout le continent, propulsant des carrières politiques en échange de contrats de marchés publics. Les 77 employés d’Odebrecht – y compris le PDG- ont signé des accords de collaboration –delações premiadas, la version brésilienne du statut de repenti- et fourni des noms, des dates et les montants des commissions versées en échange de plusieurs années de liberté. Au total, près de 800 millions de dollars versés entre 2001 et 2016 dans 12 pays : le Brésil, l’Argentine, la Colombie, la République dominicaine, l’Équateur, le Guatemala, le Mexique, le Panama, le Pérou, le Venezuela. Des enquêtes sont également menées dans deux pays africains : l’Angola et le Mozambique.

Dans tous les cas, le mode opératoire était le même : des contrats surfacturés et dons pour des campagnes politiques passant par une caisse parallèle (d’argent non déclaré) permettaient de dévier de l’argent vers les politiciens en échange d’offres de travaux publics en détournant les règles d’adjudication. Ce cas a dévoilé à quel point la corruption est enracinée dans les systèmes politiques de la région : d’après Marcelo Odebrecht, les opérations avaient cours depuis trente ans.

La corruption qui gangrène les états et fragilise les institutions laisse la porte ouverte à toutes sortes de violence. L’infiltration massive de fonds illicites dans les caisses des États via le financement des campagnes alimente la criminalité organisée. Les réseaux criminels qui se disputent les territoires utilisent la subornation pour faciliter le trafic de drogues, la traite de personnes, le trafic d’armes, et de différents types de crimes environnementaux comme l’exploitation illégale des forêts et la vente d’espèces exotiques.

Dans le cas du Mexique et des pays de l’Amérique centrale les cartels ont pénétré la structure publique à tel point qu’afin de se présenter aux élections, surtout au niveau local, les pactes avec le crime organisé sont incontournables. Le positionnement des gouvernements reste toujours ambigu. De plus, la fragilité des systèmes de justice, la fragmentation des partis politiques, ainsi que les clivages sociaux et le manque de participation civile rendent les politiques de lutte contre la corruption et le crime organisée partiellement inefficaces.

Même si déçus par la politique, les latino-américains peuvent voir dans cette année électorale une nouvelle opportunité de construire leur avenir. Le renouvellement de cycle politique invite aussi à s’interroger sur le modèle de partage du pouvoir dans un contexte régional ou la démocratie fonctionne dans des conditions extrêmes d’inégalité et violence.

Crim’HALT s’engage en faveur de la liberté et la transparence

Le mois dernier, notre association a signé cette pétition (à lire ici) adressée au Président de la République et ayant comme objectif de demander la défense de l’intérêt général et du droit à l’information en « restreignant le champ d’application du secret des affaires aux seuls acteurs économiques concurrentiels ».

Discrète et expresse, la « loi sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites » (dite « secret des affaires ») a été déposée et adoptée à l’Assemblée Nationale sans aucun débat public et en procédure accélérée.

Dans cet appel, nous reconnaissons que la protection des secrets de fabrication, de l’innovation et de la propriété intellectuelle est bien nécessaire. Cependant, cela ne doit pas entraîner une remise en cause des libertés fondamentales, ou une restriction de la liberté de circulation des personnes et des idées. La loi sur le secret des affaires concerne des informations d’intérêt général telles que les pratiques fiscales des entreprises, l’impact de leurs activités et de leurs produits sur la santé et l’environnement.

Informer n’est pas un délit. L’intérêt général doit prévaloir sur les intérêts privés.