SUPER MONDAY

Crim’HALT découvre Hors La Loi

https://seminairehll.hypotheses.org/

Le 25 février 2019 se déroulait entre les murs de la Maison des Irlandais la séance 6 du séminaire « Hors la loi » : zones grises, marges et pouvoirs criminels en Italie en présence de Francesco Rizzo. C’est au travers du roman A schema libero du collectif d’écrivains calabrais Lou Palanca qui a pour but de saisir la réalité du crime organisé que Francesco Rizzo a analysé les différentes représentations de la « zone grise ». Pour saisir la complexité de ce concept, il faut noter qu’elle est un système de pouvoirs mouvants mais aussi une des façons de décrire la mafia.

NOTES DE CAROLE

Introduction

Ce séminaire de littérature comparée qui se veut poreux avec les disciplines historiques et sociologiques envisage la criminalité mafieuse via des cas littéraires. Un collectif d’écrivain calabrais produisent des œuvres de formes hybrides ;  la difficulté étant de sortir du format très médiatique de Saviano. La question qui revient est comment cerner le phénomène mafieux, quelle frontières avec le crime organisé alors que les systèmes criminels sont mouvants, complexes. C’est pourquoi on utilise le terme de « zone grise » dans ce séminaire. (Le président de Crim’HALT préfère le concept de bourgeoisie mafieuse 🙂

L’Italie est un laboratoire où se créent aujourd’hui une image, un récit dit « national » mais qui est finalement très différent selon les régions et les zones culturelles.

La soirée a permis d’aborder la mafia calabraise

  1. La ‘Ndrangheta

Avec des racines en Calabre, elle serait la le seule mafia présente sur tout le continent et la plus plus puissante de l’Italie avec un CA estimé à 53 milliards d’euros. Très active dans le commerce de cocaïne, elle a des rapports intenses avec narcos mexicains et colombiens. Une des nombreuse enquêtes du magistrat Nicolas Gratteri, très productif sur le sujet de 2010-2012 décrit la structure de l’organisation.

NDRINE : unité de base familiale. Membres toujours liés par liens du sang.

Des LOCALI : union de plusieurs Ndrine (6 à 7 familles) sur un territoire plus large mais doivent être reconnus par la locale de SAN LUCA.  Puis, il y aurait le MANDAMENTO, une unité régionale de plusier Lacali :  mandamento (Tirrenico, Centrale, Jonico).

Hors de Calabre, cette structure est aussi présente mais sous un autre nom (Chambre de compensation : Lombardie Ligurie, Turin, Canada, Australie).

et un CRIMINE : pas un vrai gouvernement, mais une sorte de tribunal qui est arbitre entre les locali dont les membre sont élus pendant la fête religieuse de Polsi à San Luca

C’est donc une organisation horizontalo-verticale. Car le vrai pouvoir concret est à la BASE

Prise de pouvoir dans les années 60. Avec les grands travaux d’autoroutes et les enlèvements.

Pouvoir assis sur l’assassinat de personnalités publiques.

  1. Le roman A SCHEMA LIBERO* (publié au début des années 2000)

( *= les mots croisés en français)

Lou Palanca (Palanca = réf au football) a pour modèle un système de narration qui n’est pas linéaire mais qui utilise des fragments avec des histoires oubliées, réelles qui se croisent et sont liées à l’histoire nationale. L’objectif est de construire une histoire de roman pour comprendre l’histoire « historique ».

Des parallèles sont faits entre événements anciens des années 50 et 60 avec des événements contemporains qui permet de donner une analyse diachronique.

Le roman représente la « zone grise » (zona grigia) : sur la métaphore de la zone grise maritime = zone de mélange des eaux de la mer Ioniennes et mer tyrrhénienne. Cette expression est créée par Primo Levi = les personnes qui ne sont pas bourreaux directs mais participent à l’organisation des camps de concentration.

Zone grise est utilisée pour parler de la « Bourgeoisie mafieuse » (cf U. Santino) qui fait l’interface avec économie et société légale et le monde du crime organisée en local.

Zone grise aussi pour illustrer les relations entre la ‘Ndrangheta, l’extrême droite dite subversive c’est à dire tentée par le coup d’Etat pour imposer ses vues, avec pour modèle la dictature grecque (Ciccio Franco / Ordino Nuevo) et les instances judiciaires et les magistrats.

Les liens entre pouvoir criminel, politique et économique autour de la région de Reggio Calabria sont présentés au travers le regard d’un policier infiltré, que les auteurs souhaitent « neutre ».

Les auteurs s’interrogent sur la réaction de la population (émeutes de Reggio di Calabria de 1969) qui s’insurge sur un rattachement administratif et pas pour protester contre l’immense pauvreté. Ainsi on voit que l’identité « nationaliste » (patriotisme local) est plus forte que les ressorts économiques. La population est ainsi travaillée par les groupuscules d’extrême droite, manipulée par les tenants de la Zone grise.

Noter :

Les membres du collectif ne sont pas anonymes.

Ils ont publié plusieurs livres.

La maison d’édition (Ribbetino) est calabraise, universitaire. Le livre n’a pas eu une diffusion importante ni grand public.

Ces auteurs illustrent le mouvement actuel en Europe de littérature docu-fictionnelle, c’est à dire qui analyse la réalité puis produit des récits qui contrent les discours historiques officiels.

La figure du Hors la loi :

Difficile à déterminer le « hors la loi » : il est souvent inclus dans la loi. Il utilise le droit « liquide » c’est à dire qui profite des aspérités du droit linaire. Cela recoupe le système de Zone grise décrit dans le roman de Lou Palanca.

Deuxième rendez-vous de la soirée

Les adhérents de Crim’HMAT se rendent au cinéma pour préparer leur séjour Errasmus en Italie

« Ecrans d’aujourd’hui » et dans le cadre de notre programme consacré à Naples, nous projetons ce soir Nato a Casal di Principe [Italie, 2017, 96’, vostf], qui décrit l’autre versant de Gomorra, la douleur et l’impuissance des gens honnêtes ordinaires, victimes malgré eux du système. Sur la base du roman autobiographique homonyme d’Amedeo Letizia (coécrit avec Paola Zanuttini), Bruno Oliviero reconstruit jour après jour la terrible semaine durant laquelle Amedeo part à la recherche de son petit frère Paolo, enlevé dans la rue par des hommes armés et jamais retrouvé. Une histoire vraie survenue en 1989 et élucidée en partie seulement des années plus tard, quand des repentis incarcérés ont confirmé la mort du garçon. Présenté pour la première fois à la 74e Mostra de Venise, le film a rencontré un grand succès public et critique. Pour en parler ce soir avec Eugenio Renzi, critique de cinéma et professeur à l’Université du Mans, le réalisateur Bruno Oliviero sera accompagné par Amedeo Letizia, également coproducteur du film. En collaboration avec Rai Cinema.

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