Crim’HALT dans La Croix

Le 4 juillet, Fabrice Rizzoli, président de Crim’HALT était interviewé par le journaliste Noé Michalon du journal La Croix concernant la ‘Ndrangheta. Un important réseau de cette mafia était visé par des opérations de police deux jours plus tôt :

Après avoir subi une importante descente des autorités italiennes mardi 4 juillet, la mafia calabraise est loin d’avoir dit son dernier mot. Si son pouvoir de nuisance semble s’être amenuisé sur les dernières décennies, ces nouvelles arrestations sont loin de signer la fin de la vendetta.

Lire la suite : Italie : la mafia calabraise n’a pas dit son dernier mot

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Collectif Thémis

Tribune Libération

Collectif Thémis
Collectif Thémis

Un collectif s’attaque aux excès de la politique antidrogue

Baptisé Themis, un groupe qui rassemble juristes, magistrats, policiers, chercheurs et citoyens, entend peser sur le débat dans les prochains mois.

La société française est-elle enfin mûre pour débattre des politiques publiques en matière de drogues ? Convaincu que le renouvellement d’une partie de la classe politique va créer un appel d’air sans précédent, un mouvement inédit se structure pour en finir avec le statu quo et bousculer les nouveaux députés sur le sujet. Rassemblant juristes, policiers, magistrats, universitaires, citoyens et associations de tout bord, le groupe Thémis part d’un constat simple : la politique antidrogue menée depuis près d’un demi-siècle est un échec total. Considérée comme le pays d’Europe où la consommation de cannabis est la plus élevée, la France est aussi celui où la politique pénale est la plus répressive.

Rien de surprenant, dès lors, que 84% des Français jugent la législation actuelle «inefficace» pour limiter le trafic et la consommation de drogue, selon un sondage Ipsos d’octobre 2016. Plusieurs facteurs témoignent de la dérive actuelle et de ses conséquences sociales désastreuses. Engorgement des tribunaux et des prisons, multiplication des risques sanitaires, augmentation des règlements de compte liés au trafic de stups, mise en cause des méthodes de certains services de police visant à satisfaire la politique du chiffre : le système est à bout de souffle.

«A plat»

Alors que le débat sur le sujet est englué depuis des années sur le terrain de la morale, les fondateurs de Thémis revendiquent une approche transversale, destinée à renouer le dialogue entre des protagonistes jusqu’ici trop peu habitués à réfléchir ensemble. «Ce décloisonnement est indispensable, juge Benjamin-Alexandre Jeanroy, cofondateur du collectif et consultant pour l’UNODC, l’agence de l’ONU en charge des drogues et du crime organisé. Alors que des pays comme les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, le Portugal, l’Allemagne ou la Suisse ont entamé des réformes majeures, la France reste à l’écart de ce mouvement malgré un bilan qui ne cesse de s’aggraver.» A ses côtés, deux autres bons connaisseurs de la lutte antidrogue entendent porter le débat. Fabrice Rizzoli, docteur en sciences politiques et fondateur de Crim HALT, association pour l’implication de la société civile contre la grande criminalité, et Hubert Avoine, témoin privilégié des activités de l’Office français des stups, à l’origine d’une enquête ouverte par le parquet de Paris pour «trafic de stupéfiants» visant les méthodes de la police. «Au-delà des procédures judiciaires en cours, il est devenu urgent de remettre tout le système à plat», estime Benjamin-Alexandre Jeanroy.

«Non partisan»

Pour amplifier sa démarche, Thémis s’appuie sur l’organisation Expertises citoyennes horizontales (Echo), qui se présente comme «un lobby citoyen et participatif, politique mais non partisan». A l’origine d’une tribune publiée en février dans le Monde et signée par une centaine de personnalités, intellectuels, policiers, scientifiques politiques, Echo entend désormais créer des passerelles avec la société civile. Plus que jamais, la question des drogues se situe au carrefour de l’éducation, de l’intégration, du logement social et de la santé publique. Au cours des prochains mois, plusieurs comités locaux doivent être mis en place afin de fédérer un public large et des profils d’horizon divers autour de débats participatifs, aussi bien dans les grandes métropoles comme Marseille, Lyon, Lille ou Paris, que dans les régions plus reculées mais tout aussi exposées aux trafics.

Un débat politique et citoyen qui doit aboutir à une série de propositions concrètes destinées à réformer le système, liste qui sera remise aux présidents de groupes parlementaires à l’Assemblée nationale et au Sénat en septembre 2018. Emboîtant le pas d’un collectif d’une vingtaine d’avocats pénalistes, Thémis entend également militer pour la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les méthodes controversées des services de douanes et de police dans la lutte antidrogue. Avec la même intuition : difficile d’envisager un nouveau cadre tant que les failles du système actuel n’ont pas été clairement identifiées.

Emmanuel Fansten

La tribune sur Libération

 

Crim’HALT aux Grands Voisins

Retour sur le workshop :

« Journalistes : quel rôle dans la lutte contre la corruption ? »

L’espace associatif des Grands Voisins, à Paris, a accueilli le workshop « Journalistes : quel rôle dans la lutte contre la corruption ? », le 16 juin dernier. Un rendez-vous rendu possible par l’ONG European Youth Press, réseau de jeunes journalistes européen et le magazine Cafébabel, dans la continuité de leur collaboration autour du projet Reporting Against Corruption. L’événement a réuni plus d’une vingtaine de participants, principalement de jeunes journalistes, autour des organisateurs et des intervenants Fabrice Rizzoli, représentant Anticor et président de l’association Crim’HALT et Alexandre Brutelle, journaliste indépendant venant présenter le projet Deputy Watch, première base de données en ligne sur les délits d’élus. L’occasion pour chacun, militants et journalistes, de partager le fruit de leur travail et de réfléchir à la nécessité d’établir un pont entre leurs activités.

ACRP : Reporting Against Corruption, une initiative européenne

19264158_10154713764190662_739676713_oSafouane Abdessalem est tout d’abord revenu sur sa participation au premier workshop du « Reporting Against Corruption Project », au titre de journaliste pour Cafébabel. C’est auprès de dix journalistes européens sélectionnés par European Youth Press qu’il avait participé à une semaine de formation intensive à Anvers en mars dernier. Formation destinée à familiariser les participants à divers outils de la lutte contre la corruption.

Des outils empruntés à différentes pratiques, parmi lesquelles le journalisme d’investigation, le data-journalisme ou encore l’activisme, comme autant de directions données aux jeunes participants pour constituer leur propre « boîte-à-outils » et l’utiliser à leur retour dans leurs pays respectifs.

Ces derniers devaient également se charger de l’organisation d’un workshop porté autour de la même thématique, permettant ainsi le rendez-vous donné le 16 juin aux Grands Voisins.

Identifier la corruption avec Fabrice Rizzoli

19349416_10154713765220662_1788171540_oSuite à cette présentation, Fabrice Rizzoli s’est exprimé sur le thème du workshop en tant que représentant de l’association et président de Crim’HALT, à l’invitation des organisateurs. Il a présenté au public différents exemples de points de blocage institutionnels ralentissant la lutte contre la corruption.

Manque d’indépendance des procureurs vis-à-vis de l’exécutif, mise sous tutelle des Officiers de police judiciaire par leurs supérieurs hiérarchiques plutôt que par des magistrats enquêteurs ; nombreux sont les points institutionnels pouvant, en France, court-circuiter l’action de l’état en ce domaine.

Parmi ces derniers, le président de Crim’HALT, a mentionné l’existence du fameux « Verrou de Bercy », donnant le dernier mot au ministre de l’économie en matière de poursuites fiscales, lorsque ce rôle est habituellement réservé au procureur de la République pour tout ce qui relève du pénal. Pour rappel, la suppression de ce verrou avait été rejetée de peu à l’Assemblée Nationale en juillet dernier.

Fabrice Rizzoli a aussi fait écho à la crise que traverse actuellement la presse en matière d’indépendance éditoriale, citant l’attaque du Figaro essuyée par Anticor en 2015, au moment de la plainte déposée par l’association contre Serge Dassault, propriétaire du journal.

Enfin, il a également insisté sur l’usage social des biens confisqués comme unique moyen d’impliquer les citoyens contre la corruption, par exemple en reconvertissant des biens mal acquis et confisqués par l’état en lieux ouverts aux citoyens. C’est à ce titre que l’association Anticor devrait se voir mis à disposition l’appartement de Claude Guéant pour qu’il devienne le siège de la seule association anticoruption indépendante. La maison de Patrick Balkany devrait devenir la maison des journalistes. Une mesure par ailleurs recommandée par la Commission Spéciale du parlement européen contre le Crime organisé, la corruption et le blanchiment [CRIM].

Un énorme merci au Conseil Constitutionnel pour avoir retoqué l’amendement usage social des biens confisqués (cf. Communiqué de presse : les biens confisqués échappent à la société civile !)

Deputy Watch : du data-journalisme militant

cropped-logo_deputywatchAlexandre Brutelle, président du média associatif Politics Watch, a ensuite partagé avec le public le site Deputy Watch, première base de données des délits d’élus, réalisée à la veille des élections législatives avec la participation de nombreux jeunes journalistes français.

L’objectif de ces derniers : offrir aux votants un moteur de recherche récapitulant le passé judiciaire des députés sortants se représentant aux élections. Un projet en réponse au flot rapide et continu de l’information, où les manques de probité de nos élus se noient régulièrement.

Il a par la suite fait état des projets à venir pour le site : la création d’une nouvelle plateforme agrégeant de nouveaux types d’élus, parmi lesquels les sénateurs ou les députés européens. Mais également un nouveau média indépendant, qui informera le grand public sur les méthodes que les citoyens peuvent emprunter au journalisme afin de s’organiser eux-mêmes contre la corruption.

Des initiatives à suivre !

Alexandre Brutelle & Fabrice Rizzoli

Crim’HALT dans « Riviera Nostra » : le livre

Riviera-nostraDeux mois après la sortie du film (cf. Crim’HALT dans « Riviera Nostra » : le film), Jean Michel Verne, journaliste auteur de plusieurs ouvrages, propose le premier livre sur les mafias italiennes sur la côte d’azur.

Jean Michel Verne, connaisseur de l’Italie, avait accepté l’invitation à Ethicando en 2O13 pour présenter son très utile livre « main basse sur Marseille…« . qui décortique le système Guerini.

C’est dans ce contexte qu’il cite Crim’HALT comme association qui tente d’informer la société civile sur la grande criminalité.

Un livre à acheter et à lire : Riviera Nostra

Crim’HALT et Libera Marseille à Rome pour le 32ème congrès de Géographie

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Fabrice Rizzoli

A l’invitation de Giuseppe Muti, docteur en géographie, prix du Ministère de l’environnement italien pour sa thèse sur la criminalité environnementale et les mafias italiennes, Fabrice Rizzoli docteur en sciences politiques et Tommaso Giurati, doctorant en sociologie intervenant à la summer school Crim’HALT, étaient invités à faire une communication sur le crime organisé en France.

Cette communication avait lieu dans le cadre du 32ème congrès de Géographie italienne

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Tommaso Giurati

dans une session nommé – Culture, légalité, territoire : la contribution de la géographie des disciplines historico-social des études sur la criminalité organisée.

Fabrice Rizzoli président de Crim’HALT et Tommaso Giuriati de Libera Marseille intervenait en italien sur :  « Mafia e criminalità organizzata nelle ricerche scientifiche in Francia. I luoghi di socializzazione dei milieu francesi e l’esempio dei bar di Marsiglia » en mettant en avant l’importance de l’implication de la société civile pour comprendre ces phénomènes.

Crim’HALT sur France Inter

France_InterL’émission SECRETS D’INFO par Jacques Monin décide de s’attaquer au projet de tunnel ferroviaire sous les Alpes dénommé le « Lyon-Turin ». L’enquête, menée par Philippe Reltien, démontre un projet inutile financé par l’argent contribuable ; un scandale dénoncé par Daniel Ibanez, inventeur du Salon – Des livres et l’alerte et prix éthique Anticor 2016.

Fabrice Rizzoli, président de Crim’HALT, accompagné d’un membre de l’association, répond aux questions du journaliste dans les locaux de France Inter. Une des questions concernait les certificats antimafias qui existent en Italie et qui devraient s’appliquer à ce chantier. A ce sujet, la déclaration du président de la délégation française de la Commission pour la liaison ferroviaire Lyon Turin : « Les préfets de Turin et de Lyon sont habilités par ce règlement à demander qu’on écarte une offre sur la base d’une simple suspicion. » est pour le moins étrange.

Si il suffisait d’écarter des entreprises sur simple suspicion, il eut été simple de ne pas donner, à Menton, des chantiers à la mafia calabraise (cf. Le reportage (France 2, le13h15) sur l’infiltration mafieuse en France). En outre, il n’est pas sain d’écarter une entreprise sur simple suspicion! Bref, il existe bien d’autres systèmes pour lutter contre l’infiltration mafieuse dans l’économie légale. Une exemple? Éviter les Grands Projets Inutiles et imposées.

Cliquez :  Lyon-Turin : le tunnel qui valait 26 milliards

 

 

 

Crim’HALT dans « Riviera Nostra » : le film

Fabrice Rizzoli, président de Crim'HALT
Le président de Crim’HALT

France 3 propose un documentaire de Jean Michel Verne et Bernard Nicolas coproduit par Alkimia et France Télévisions, producteur exécutif : Pascal Richard, sur la présence mafieuse italienne sur la côté d’Azur. Fabrice Rizzoli, président de Crim’HALT répond aux questions des journalistes et défend de nouveaux outils pour lutter contre la « grande criminalité ».

Le pitch de France 3 :  « La « mafia » [Crim’HALT se réserve le droit de retirer la majuscule au mot « mafia » qui est un nom commun] sur la Côte d’Azur, c’est une histoire d’amour vieille de 35 ans, une histoire entre des italiens fuyant leur pays et la France, avec la Méditerranée pour décor mais sans le romantisme… »

Crim’HALT dans la « Corse, l’étreinte mafieuse »

etreinteDans son troisième livre en 5 ans, Hélène Constanty, journaliste à Médiapart présente au salon Des livres et l’alerte 12 et 3), traite de la grande criminalité en Corse et ouvre une discussion sur le concept de « mafia » (sans majuscule ; c’est un nom commun).

Hélène Constanty livre ici un livre nouveau sur la Corse car elle s’appuie autant sur les confidences qu’aiment avoir, seuls, les journalistes mais aussi sur des décisions de justice et même sur des acteurs des la société civile!

C’est dans ce cadre qu’Hélène Constanty interroge Fabrice Rizzoli, président de Crim’HALT, et rapporte le travail de l’association pour soutenir les victimes de violence programmée (définition dans La mafia de A à Z). En l’occurrence, Crim’HALT auditionnée par la Commission Violence en Corse, a rapporté les affaires du maire de Linguizzetta et des entrepreneurs d’Evisa, victimes de violence systémique, récipiendaires du prix Falcone 2016 (cf. Soirée Prix Falcone)

Bref un livre à acheter et à lire : Corse, l’étreinte mafieuse

PS : un seul regret ; dans la conclusion, Hélène Constanty fait énumérer à un tiers les pistes pour améliorer la lutte contre la grande criminalité qui n’évoque pas l’usage social des biens confisqués, unique moyen d’impliquer les citoyens dans une prérogative régalienne :  dingue! Non?

cf. Communiqué de presse : les biens confisqués échappent à la société civile !

La loi « Sapin II » et le statut de lanceur d’alerte

L’association Crim’HALT a pour objet la promotion de la citoyenneté et contre toutes les formes de criminalités préjudiciables à la société (crime organisé, corruption, délinquance économique & financière).  L’association Crim’HALT milite pour la justice « sociale », la démocratie, la transparence, et pour l’implication de la société civile par le biais d’actions militantes concrètes : sensibilisation, promotion d’espace de débats, propositions. De facto, Crim’HALT a toujours défendu les lanceurs d’alerte et participe à l’organisation du salon du livre des lanceurs et lanceuses d’alerte.

Récemment, nous avons animé une conférence avec sur le thème des lanceurs d’alerte et moralisation de la vie publique avec Stéphanie Gibaud et Philippe Pascot.

Nous publions ici une contribution d’une adhérente sur le premier statut du lanceur d’alerte en France :

Le 8 novembre 2016, l’Assemblée Nationale a adopté la loi dite « Sapin II » relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique tendant à mettre en place une définition et un régime juridique communs à tous les lanceurs d’alerte.

Juridiquement, la France était assez réticente à la constitution d’une réglementation spécifique aux lanceurs d’alerte puisque le Code du travail avait déjà doté les salariés et leurs représentants de prérogatives leur permettant de présenter à l’employeur des réclamations se rapportant à l’application du code du travail.

En effet, avant même la Loi Sapin II, les salariés et leurs représentants disposaient (et disposent) déjà d’outils juridiques leur permettant de signaler à leurs employeurs ou aux autorités compétentes des faits répréhensibles ou des risques graves sur le lieu de travail :
– Un droit d’alerte et de retrait pour les salariés (articles L. 4131-1 et L. 4131-3 du code du travail) pour les salariés ayant « un motif raisonnable de penser qu’ils encourent sur le lieu de travail un danger grave et immédiat pour leur vie ou leur santé. »
– Un droit d’alerte des représentants du personnel (pour le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail en cas de « danger grave et imminent » constaté ou signalé par un salarié, notamment concernant les produits ou les procédés de fabrication utilisés ou mis en œuvre par l’entreprise font peser un risque grave sur la santé publique ou l’environnement et pour les délégués du personnel en cas de « simple » atteinte aux droits des personnes, à leur santé physique et mentale et aux libertés individuelles dans l’entreprise.

On constate donc que la réglementation initiale prévue par le code du travail intégrait difficilement ce qu’on peut appeler « l’alerte éthique » dépassant la seule condition des salariés dans l’entreprise et prenant en compte l’intérêt général.

Un certain nombre de textes sectoriels existent également dans différents domaines complexes tels que l’atteinte à la santé publique, à l’environnement, le secteur financier, la grande délinquance économique ou encore la prévention des conflits d’intérêts. Ces lois manquent totalement de cohérence les unes à l’égard des autres, ce qui créée une véritable insécurité juridique.

La loi Sapin II avait donc pour but de créer un statut unique du lanceur d’alerte ainsi qu’un socle de droits en conséquence. On constatera néanmoins qu’à bien des égards, la loi « Sapin II » n’a pas remédié à ces incohérences mais, au contraire, les a accrues (cf. par exemple infra sur la seule possibilité offerte aux personnes physiques et non aux personnes morales de bénéficier du statut protecteur du lanceur d’alerte).


I. Le statut du lanceur d’alerte

La définition du lanceur d’alerte adoptée par l’Assemblée Nationale est la suivante : « Un lanceur d’alerte est une personne physique qui révèle ou signale, de manière désintéressée et de bonne foi, un crime ou un délit, une violation grave et manifeste d’un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, d’un acte unilatéral d’une organisation internationale pris sur le fondement d’un tel engagement, de la loi ou du règlement, ou une menace ou un préjudice graves pour l’intérêt général, dont elle a eu personnellement connaissance. »

Au regard du nombre important de conditions à remplir, on constate rapidement que l’accès à ce statut est plutôt restrictif.

Quelques remarques :

– Le lanceur d’alerte ne peut être qu’une « personne physique ». Ainsi, une personne morale (i.e. une entreprise ou une institution, par exemple) ne peut user de ce statut ce qui restreint énormément la définition et place automatiquement la personne impliquée dans une situation de grande solitude. De plus, ceci est parfaitement incohérent avec d’autres textes sectoriels concernant le lancement d’alerte. Ainsi par exemple, la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique vise en tant que lanceur d’alerte dans le domaine de la corruption et de la prévention des conflits d’intérêts les personnes physiques, mais aussi les personnes morales.

– Le terme « désintéressé » prête à confusion. Doit-on comprendre que le lanceur d’alerte doit agir sans contrepartie ou incitation financière ?… et/ou encore que la victime de certains agissements ne pourrait bénéficier de ce statut ?… et/ou enfin que ce statut ne peut s’appliquer aux personnes dont l’alerte est une activité régulière (journalistes, inspecteurs du travail, magistrats) ?…

– Que doit-on entendre par « violation grave et manifeste » d’un engagement international régulièrement ratifié ou approuvé par la France, un acte unilatéral d’une organisation internationale pris sur le fondement d’un tel engagement ? (Dans quelles situations les « délits » en question constitueront une violation grave et manifeste ?)

– La simple « menace » à l’intérêt général est prise en compte ce qui implique que le préjudice ne soit pas forcément réalisé, ce qui est cohérent avec le rôle de prévention du lanceur d’alerte. (Le Sénat avait pourtant supprimé du texte cette notion de « menace », rétablie par l’Assemblée Nationale).

– Que doit-on entendre par « dont elle a eu personnellement connaissance » ? Par personnellement, faut-il entendre directement, i.e sans intermédiaire ?

Un certains nombre de questions restent donc en suspens, auxquelles les décrets à venir devront apporter des réponses.

II. Une procédure précise à suivre

La loi Sapin II incite les salariés à s’adresser en premier lieu à leur supérieur hiérarchique direct ou à une personne de confiance désignée par l’employeur (inspection interne, déontologue, comité de déontologie…).

Si aucune suite n’est donnée à l’alerte dans un délai raisonnable, l’alerte peut être adressée à l’autorité judiciaire, à l’autorité administrative, au Défenseur des droits, aux instances représentatives du personnel, aux ordres professionnels ou à toute association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date de se proposant par ses statuts d’assister les lanceurs d’alerte.

Enfin, à défaut de prise en compte par l’un de ces organismes, l’alerte peut être rendue publique (presse ou réseaux sociaux). Selon le législateur, la divulgation au public ne devrait intervenir qu’en dernier ressort, en cas d’urgence et d’impossibilité absolue de faire cesser le fait dommageable à l’intérêt général.

Notons que le Conseil des ministres du Conseil de l’Europe a indiqué dans une recommandation du 30 avril 2014 qu’en cas de non-respect de ce cheminement gradué, le salarié risque de perdre son statut protecteur.


III. La protection des lanceurs d’alerte

Devant les juridictions civiles : le lanceur d’alerte bénéficiera d’un régime de protection contre la discrimination liée à son statut. En effet, la loi prévoit que le lanceur d’alerte ne peut être écarté d’une procédure de recrutement, de l’accès à un stage ou à une période de formation professionnelle, ou faire l’objet d’un licenciement, d’une sanction, d’une mesure discriminatoire directe ou indirecte, notamment en matière de rémunération ou d’évolution professionnelle, ou de toute autre mesure défavorable.

Cependant, contrairement à ce qui était appliqué par la jurisprudence sociale avant cette loi (v. Cass. soc., 30 juin 2016, n° 15-10.557) et à ce qui est appliqué pour les autres types de discrimination (liées à l’âge, au sexe, etc.) les mesures de rétorsion prises contre les lanceurs d’alerte ne pourront plus être annulées. Cela revient à retirer toute protection au lanceur d’alerte…

Devant les juridictions pénales : Toute personne qui entrave, de quelque façon que ce soit, l’exercice du droit d’alerte est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende. Lorsque l’infraction est commise en bande organisée et avec violences, ces peines sont portées à trois ans d’emprisonnement et à 45 000 € d’amende.

N.B : La possibilité pour le Défenseur des droits de faire bénéficier le lanceur d’alerte d’une aide financière prévue par le projet de loi organique parallèle ne verra pas le jour, le Conseil Constitutionnel ayant invalidé ce dispositif dans sa décision du 8 décembre 2016.


IV. Des sanctions en cas d’alertes abusives

Les personnes qui sont à l’origine d’alertes abusives, c’est-à-dire qui signalent des faits dont ils savent qu’ils sont totalement ou partiellement inexacts, peuvent faire l’objet de sanctions disciplinaires allant jusqu’au licenciement pour faute. La liberté de dénonciation trouve, en effet, sa limite dans l’abus de ce droit.

Il est également prévu que les personnes à l’origine d’alertes infondées ou qui émettent des signalements avec l’intention de nuire encourent des poursuites pour dénonciation calomnieuse ou encore pour diffamation. De même, la responsabilité pénale du lanceur d’alerte sera engagée, s’il vient à révéler quelque élément que ce soit relevant du secret de la défense nationale, du secret médical ou du secret des relations entre un avocat et son client.

Sources :

Le dispositif des lanceurs d’alerte de la loi Sapin II validé par le Conseil constitutionnel, Liaisons sociales quotidien, L’actualité, Nº 17219, 12 décembre 2016

Lanceur d’alerte : la nouvelle loi le soumet « à un parcours du combattant », selon Patrick Thiebart, Liaisons sociales Quotidien – L’actualité, Nº 17220, 13 décembre 2016

Le lanceur d’alerte à la lumière de la loi Sapin 2, Semaine Sociale Lamy, Nº 1745, 21 novembre 2016

Crim’HALT à Marseille

Marquise_de_l'AlcazarGrâce à l’association « Tous chercheurs » qui organisait cette controversation, le 1er avril… dans la très belle bibliothèque Alcazar de Marseille, on débattait : « Peut-on parler de mafia en France ?« . L’animation était assurée par Jean-Marie LEFORESTIER, journaliste à Marsactu, journal en pointe dans la dénonciation du système Guerini : un « système mafieux » d’après les magistrats français.

MucchielliLes intervenants était Laurent Mucchielli : directeur de recherche au CNRS. Laboratoire méditerranéen de sociologie-LAMES (CNRS/AMU). Ce dernier pense qu' »on peut être critique quant à l’usage expansif du mot mafia dans les discours politiques et médiatiques, notamment lorsqu’il est question de criminalité en cols blancs, de grand banditisme alimenté par les trafics de drogues, de contrôle d’établissements de nuit et de jeux. On peut aussi s’interroger sur la notion de « pratiques mafieuses » et son intérêt pour décrire diverses formes d’ententes reliant les sphères d’activités légales et illégales, les mondes du banditisme et de la vie politique ». Pour une analyse plus complète, cliquez : Faire Savoirs | n° 11, Dossier thématique : Délinquance, criminalité et banditisme dans la région marseillaise. Pour cet éminent sociologue, donc, la mafia à la française n’existe pas. Sur la photo, à droite, le président de Crim’HALT se gratte l’oreille afin de savoir si c’est un poisson d’avril 🙂
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Fabrice Rizzoli : auteur de « La mafia de A à Z » était venu avec un paquet de taralli Libera Terra (à ses pieds) fait par des coopératives sur des terrains confisqués aux mafieux pour rappeler qu’avant les lois antimafias italiennes (1982/1991/1995), en Italie aussi on pensait que la mafia n’existait pas… Sur la photo, Laurent Mucchielli à gauche, semble dire « cause toujours » 🙂

marseille_liberaFabrice Rizzoli, le docteur en sciences politiques pense aussi que : « pour interroger le paradigme « mafia », il est nécessaire de se référer aux travaux sur la mafia italienne, qui demeure la criminalité la plus aboutie et la mieux étudiée. Le sociologue Umberto Santino la définit comme un corps social, une bourgeoisie mafieuse : unique concept capable d’expliquer la pérennité du phénomène mafieux. C’est à partir de ce concept qu’il convient de valider l’hypothèse d’une bourgeoisie mafieuse en France. »

Incapable d’imposer leur point de vue, l’un et l’autre des intervenants mais aussi le public furent sauver par l’arrivée de la compagnie ForceNez. Leur animation décalée mais subtile, reprenant avec classes les arguments du débat renvoya chaque controverseurs à leur travaux à venir.

Clownbien

En effet, Tommaso Giurati, membre de Libera Marseille mais surtout doctorant sous la responsabilité de Laurent Mucchielli sera avec Fabrice Rizzoli au 32ème congrés de Géographie à Rome au moins de juin pour faire le point sur : « mafia et criminalité organisée dans les recherches scientifiques en France : les lieux de sociabilisation du « milieu français et l’exemple des bars de Marseille ».