À la Une

Salon « Des livres et l’alerte » 3

PROCHAINE ÉDITION :
LES 2 ET 3 DÉCEMBRE 2017

La Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
Métro : Couronnes (ligne 2)
ou Parmentier (ligne 3)

ENTRÉE LIBRE ET GRATUITE

Découvrez le salon :

Daniel Ibanez, auteur de livres sur le projet Lyon-Turin, (Cf. Crim’HALT sur FranceInter) en partenariat avec la librairie argenteuilloise Le Presse-Papier lancent leur troisième édition du salon du livre des lanceurs et des lanceuses d’alerte.

Crim’HALT propose deux tables rondes :

Cliquez : l’alerte face à la grande criminalité

Cliquez  : Etat et abus de droit

Crim’HALT, co-fondateur de l’événement, y tiendra un stand tout au long de ces deux journées et vous invite à l’y retrouver.

Crim’HALT aux précédentes éditions :

 

Publicités

L’Infiltré, de Hubert Avoine

          Lors du 3ème Salon « des livres et l’alerte » qui se tiendra les 2 et 3 décembre à la La Maison des Métallos à Paris, vous aurez l’occasion de rencontrer Hubert Avoine, auteur de L’Infiltré, publié aux éditions Laffont (2017).

Agent de l’Office Central pour la Répression du Trafic Illicite des Stupéfiants (OCRTIS), Hubert Avoine décide, avec l’aide de l’expert en espionnage et journaliste pour Libération Emmanuel Fasten, de composer cet ouvrage afin d’y rapporter son expérience. Son récit constitue un travail de dénonciation autant que de sensibilisation. Il nous permet de le suivre dans ses années d’infiltration du milieu des narco-trafiquants, d’Amérique Latine notamment, mission au cours de laquelle il avoue être « devenu complice d’un système qui, au prétexte de lutter contre le trafic de drogue, contribuait à sa diffusion massive. Jusqu’à la rupture, aussi brutale que violente. »

Vous aurez l’occasion d’en savoir plus lors des conférences « l’alerte face à la grande criminalité » et « Etat et abus de droit » et l’auteur sera présent au salon pour dédicacer son ouvrage. Mais pour vous offrir dès à présent un premier regard sur ce livre, le Secrétaire de Crim’halt, Vianney Turbat, en a rédigé pour vous un petit compte-rendu, que vous trouverez ci-après.

* * *

          Tout d’abord, le livre est bien écrit, cela mérite d’être souligné. Les phrases sont parlantes, parfois cinglantes ou caustiques ; il engage un dialogue avec le lecteur et c’est agréable à lire. On sent même un rythme à ces histoires qui s’enchaînent, jusqu’à une sorte de rebondissement final qui correspond à une remise en question du personnage.

C’est le récit d’un homme, M. Avoine donc, dont la jeunesse est indirectement liée à des trafics et consommation de stupéfiants. Dès les premiers chapitres, l’on apprend que sa femme, consommatrice, a réussi à obtenir la garde de leurs deux enfants en Espagne et que le personnage va entamer un lourd combat juridique pour récupérer ses enfants. Cela va le motiver dès le début à se mettre au service des services de l’Etat français, pour faire avancer les procédures internationales.

Adepte des cercles très fermés de la ville de Cannes, il va permettre la mise en relation en février 2007 de la PJ de Nice avec un « voyou corse » dans la tourmente, dont les tuyaux lui éviteront la prison. De là, Hubert Avoine devient indic du ministère de l’intérieur sur le trafic de stupéfiants et dépend du SIAT, le service interministériel d’assistance technique, créé par la loi Perben II.

Par la suite, il sera dépêché durant une longue période sur des missions au Mexique, où ses informations sur Ingrid Betancourt et l’apparente possibilité de mettre l’Etat français en contact avec les FARC le font remarquer. Sa libération serait donc fortement liée à son implication dans ce dossier, mais ces excursions au Mexique lui permettront surtout de faire la rencontre de plusieurs personnages-clés dans les cartels mexicains, comme une certaine Gabriela Vasquez, une banquière qui blanchit leurs fonds. Hubert Avoine lui offrant un accès privilégié à Paris, leurs relations professionnelles se nouent étroitement et lui méritent l’intérêt de la DCPJ à Nanterre qui prend le relais de la PJ de Nanterre.

A partir de là, Hubert sera directement en contact avec la DCPJ et plus particulièrement avec le patron de l’Ocrtis (brigade anti-stup), François Thierry, pour le compte duquel il va continuer à nouer des liens avec ses contacts au Mexique, jusqu’à faire infiltrer un agent américain et se rapprocher d' »El Chapo », l’homme à la tête du plus gros cartel dans les années 90/2000. L’on suit le personnage sur d’autres affaires aux Antilles, ou à Paris, et se poursuit durant les deux premières parties du livre une histoire somme toute assez angoissante, de par le travail d’infiltration et les situations dans lesquelles Hubert Avoine se plonge, au coeur d’un trafic de stupéfiants dans des pays où il est redouté que la couverture de la brigade anti-stup ne suffise pas à le faire revenir en France si les affaires tournaient mal.

Durant ces deux premières parties, la narration est très factuelle. Cela permet de s’insérer dans les réseaux du crime et de leurs pratiques en termes de blanchiment d’argent et de transport de drogues qui sont bien expliqués. L’on y lit des contacts réguliers entre Hubert Avoine et François Thierry, presqu’amicals et l’état d’esprit de l’auteur dans cette partie du livre reflète une certaine confiance dans les entreprises de l’Etat (quelques passages de doutes ceci dit, mais relativement sporadiques) contre les trafiquants, Etat qui l’appuie dans ses démarches judiciaires.

Dans la troisième partie en revanche, toute la question du lancement d’alerte (mot qu’on ne lit nulle part dans le livre, preuve s’il en est qu’il pourrait être un lanceur d’alerte) se pose pleinement. Si, sans pour autant préjuger d’une situation professionnelle au milieu du crime dont je ne parviens à imaginer les aspects et les angoisses, il semble manquer de remise en question sur les actions de l’Etat et le peu d’informations que soutire Hubert Avoine à François Thierry concernant l’issue de ses missions. Au final, Hubert Avoine, en confrontant pièces de procédures (par exemple concernant l’affaire Air Cocaïne) et son propres vécu, ses observations et ses conversations avec François Thierry, met en lumière des pratiques douteuses de la PJ pour coincer les malfrats et sur lesquelles il se penche sur toute la dernière partie du livre. Quelle est la place de la PJ quand elle facilite voire engendre un trafic de stupéfiants ? Dans cette dernière partie, l’auteur s’interroge surtout sur le statut des indics, qui ne sont officiellement pas rémunérés et qui disposent d’un marché privilégié pour écouler leurs produits contre leurs informations, un statut que l’on ressent très flou au travers d’affaires juridiques impliquant des trafiquants indics. D’autant, comme on le voit avec la clôture de l’histoire de l’auteur, que ces indics eux-mêmes peuvent ne pas être informés de l’issue de leurs actions : Hubert Avoine apprendra des années plus tard avoir travaillé pour le compte de la DEA dans le démantèlement du cartel d’El Chapo, sans avoir été aucunement été rémunéré par l’Etat américain. Qui sont ces indics quand ils n’agissent que pour le compte de l’Etat français : « J’ai agi pour e compte de l’Ocrtis, je n’ai pris aucune initiative, j’ai tout le temps rendu compte de ce que je faisais ». C’est un autre indic qui parle lors de son procès mais après 200 pages d’infiltration dans les réseaux de stupéfiants, cette phrase résonne comme un écho à la place d’Hubert Avoine dans ses relations avec les trafiquants et François Thierry, qui apparaît petit à petit comme le premier trafiquant de France.

Au bord de la paranoïa, Hubert Avoine décide de rompre le silence et d’adresser une lettre au procureur Molins. 

Table-ronde « Etat et abus de droit »

Dans le cadre du 3ème salon « des livres et l’alerte »

Dimanche 3 décembre 13h30
La Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
Métro : Couronnes (ligne 2) ou Parmentier (ligne 3)
entrée est libre et gratuite

Etat et abus de droit

avec Elizabeth Borrel et James Dunne

Animation Fabrice Rizzoli

La raison d’État ou la balance commerciale peuvent-elles tout justifier ? Quelles méthodes au service de la raison d’État pour aboutir à la déraison d’État ?

Table ronde « l’alerte face à la grande criminalité »

Dans le cadre du 3ème salon « des livres et l’alerte »

Samedi 2 décembre 17h
La Maison des Métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris
Métro : Couronnes (ligne 2) ou Parmentier (ligne 3)
entrée est libre et gratuite

« L’alerte face à la grande criminalité » 

Avec Bruno Piriou (prix Anticor2015)Hélène Constanty, Xavier Monnier et  et Séverin Medori maire de Linguinzetta (prix Falcone 2016)

Animation Fabrice Rizzoli

La grande criminalité défie l’intérêt général mais en France, on peine à faire le lien entre crime organisé et corruption. Alors que risquent ceux qui nous en informent ?

En attendant, l’Italie, qui redistribue aux citoyens des milliers de biens confisqués au mafieux, vient de voter l’usage social des biens mal-acquis par les corrompus.

Crim’HALT sur BFMTV

BFM_PoliceL’ex-chef de l’OCTRIS est mis en examen pour complicité de trafic de stupéfiants!
Mais comment en est-on arrivé là?

Crim’HALT s’est déjà penché sur cette question :

Cliquez : Un collectif s’attaque aux excès de la politique antidrogue

Cliquez : Conférence – Trafic de drogues : quel bilan de la prohibition ?

3 secondes d’ITV pour effleurer le sujet sur BFMTV avec Axel Ronde, Secrétaire général du syndicat VIGI Police Île-de-France, Fabrice Rizzoli, docteur en sciences politiques, spécialiste du crime organisé – président de l’association Crim’HALT et Claire Andrieux, journaliste police-justice de RMC.
Cliquez : BFM Story, du vendredi 25 août 2017, présenté par Thomas Misrachi.

Pour en savoir plus Les Grands Dossiers de Diplomatie

Crim’HALT dans le Fatto Quotidiano

Il Fatto Quotidiano
Il Fatto Quotidiano

Il fatto quotidiano, « le Médiapart italien » parce qu’il n’est financé que par ses lecteurs… produit une grande enquête sur le crime organisé en Europe. Publiée en italien et en anglais, vous pouvez la retrouver en cliquant : « Organized crime in Europe »

Dans un des focus, sur la France, Il fatto a interviewé le président de Crim’HALT :

L’ANTIMAFIA A l’ITALIENNE

Le président de Crim’HALT

According to antimafia activists, French civil society suffers from a scarce awareness of the organised crime phenomenon. The Italian NGO Liberafounded in 1995 by Don Luigi Ciotti to create a culture from the bottom of antimafia is notable for giving information and raising awareness in this respect. It is a recognised association in France and its president is 23 year old Marino Ficco. The antenna in Marseille is made up of groups of workers and researchers who organise public meetings and lessons in schools. Libera is also spokesman for the fight for a law that, as in Italy, enables social recycling of confiscated commodities. One of the advocates of the campaign is Fabrice Rizzoli, founder of the association Crim’HALT and expert in organised crime: “It would be a giant step forwards for a change in mentality : to make aware that not only does crime not pay, but that which is taken is given back to the community”. In the last legislation, thanks to his lobbying, the proposal was presented three times but always rejected.

[Adopted in december 2016  by the Parlement, the law was rejected in january 2017 by the Constitutional Concil for procedural reason… NDA CF. Press release: confiscated property escapes civil society! ]

I must say” continues Rizzoli “that I thought we’d make it. But there’s a lot of ignorance”, Crim’HALT was created also for this purpose, to give information on a neglected subject and improve access of the population to, for example, the Sirasco reports or to court judgements. “Transparency and awareness for a knowledgeable reflection”, can be read on the poster. And the journey is still long. (cf. Martina Castigliani)

Crim’HALT sur Libé!

Libé_AutoriséeLe 6 juillet dernier, le président de Crim’HALT était interviewé par le journaliste Mathieu Ait Lachkar Fulbert du journal Libération concernant les mafias italiennes : deux grandes opérations concernant la ‘Ndrangheta Calabraise (ici) et concernant la Camorra ont eu lieu en quelques jours. A noter l’implantation de ces mafias dans toutes l’Europe en particulier en Espagne.

Fabrice Rizzoli reconstruit l’histoire du groupe mafieux et les perspectives d’évolution

Le 4 juillet, la police italienne a mené une opération d’envergure contre la mafia calabraise. Vingt-quatre familles du sud du pays étaient visées. Pour «Libération», Fabrice Rizzoli, auteur de «la mafia de A à Z», revient sur ces arrestations, sur les activités de la mafia calabraise, ainsi que sur l’implantation des mafias en Europe.

Le Livre sur les mafias
Le livre sur les mafias

Encore plus réel que la série italienne Gomorra tirée du livre (2006) de Roberto Saviano, condamné à mort par la Camorra, et qui vit depuis sous protection policière. Mardi 4 juillet, quelque 1 000 carabiniers débarqués par hélicoptères, avec des chiens et des spécialistes de la recherche de bunkers pouvant servir de cachette pour les chefs mafieux, ont été déployés avant d’arrêter 116 membres de la ‘Ndrangheta (la mafia calabraise) visés par des mandats d’arrêt. L’opération a permis de mettre à jour les nouvelles structures de l’organisation, dont des sortes de tribunaux supposés résoudre les conflits internes entre les divers clans. Active depuis le milieu du XIXe siècle, la tentaculaire ‘Ndrangheta dépasse désormais sa rivale sicilienne Cosa Nostra sur le plan du chiffre d’affaires comme sur celui des effectifs. Entretien avec Fabrice Rizzoli, auteur de la mafia de A à Z.

Qu’est-ce que la ‘Ndrangheta ? Quelles sont ses activités ? Selon une étude de l’institut italien Demoskopika, elle serait aussi rentable que la Deutsche Bank et McDonald’s réunis…

mafias_italiennes
Les territoires d’origine des mafias

La ‘Ndrangheta est tout simplement la mafia italienne la plus puissante. Elle est considérée comme numéro un, aussi bien en nombre d’affiliés [ils seraient au nombre de 60 000, ndlr], qu’en termes de revenus : près de 40 milliards d’euros par an. Originaire de Calabre dans le sud de l’Italie, elle opère dans tout le pays et même ailleurs en Europe, au Canada, et en Australie, mais aussi en Amérique Latine où elle a établi de véritables narco-comptoirs. Le trafic de drogue, et plus précisément de cocaïne, est l’une de ses premières sources d’argent, avec environ 40% de ses bénéfices. L’un des plus grands ports européens de transit de marchandises se trouve en Calabre, un atout majeur pour faire du trafic. Outre la cocaïne, il existe en Calabre une grande culture de cannabis. Au reste de ses activités figure bien sûr la contrebande, le racket, et surtout les revenus de l’économie légale puisque, comme la plupart des autres mafias, la ‘Ndrangheta y blanchit son argent. Ce n’est pas pour rien si c’est la plus puissante des mafias italiennes [devant la Camorra, Cosa Nostra, la Sacra Corona Unita, la Stidda, ndlr]. Elle génère plus d’argent, elle a plus de membres, et moins d’indics, de mafieux qui quittent leur clan pour témoigner devant la justice.

Avec cette opération, peut-on parler d’un virage pris par les autorités italiennes, d’un progrès dans la lutte anti-mafia ?

Les progrès sont notables depuis les années 90, quand l’Italie a commencé à se doter de mesures anti-mafia comme le délit d’association mafieuse, la confiscation de biens, la dissolution des conseils élus pour infiltration mafieuse, ainsi que la création de la Direction nationale des enquêtes anti-mafia. Les coups de filet étaient beaucoup moins récurrents dans les années 50-60. Aujourd’hui, des milliers de mafieux sont en prison et 12 milliards d’avoirs leur sont saisis tous les deux ans. Et ça fonctionne. Conséquence : aujourd’hui, ils tuent moins. Voilà donc un progrès, surtout quand on sait que dans les années 80, c’était un mort par jour à Naples. Magistrats, journalistes, prêtres, personne n’était épargné. En Sicile, toujours dans les années 80, on dénombrait 3 000 morts en trois ans entre 1979 et 1982. On peut donc parler d’opérations utiles qui affaiblissent la mafia italienne. Même si les menaces et autres intimidations envers les journalistes et les commerçants existent toujours… Ceci dit, on peut s’interroger sur le fait que d’autres prennent le relais.

Faut-il y voir une forme d’échec ?

Non, car ce qui est pris est pris. Mais il est vrai que si la mondialisation criminelle n’est pas stoppée, alors la mafia a de beaux jours devant elle.

Au lendemain de ce coup de filet en Italie, la police espagnole a arrêté 24 personnes liées à la Camorra, peut-on parler de transnationalisation de cette mafia ?

Fabrice Rizzoli, président de Crim'HALT
Le président de Crim’HALT

Les mafieux quittent leur pays pour trois raisons : d’abord fuir la violence du clan adverse [bien que les règlements de comptes se poursuivent parfois à l’étranger, comme à Duisbourg où une guerre de clans avait fait 6 morts en 2007, ndlr], ensuite la justice et enfin pour faire des affaires criminelles. Et là, l’Espagne est une très belle destination, car considérée comme un «porte-avions» de la drogue en Europe. C’est un pays de transit pour le cannabis qui vient du Maroc, mais aussi pour la cocaïne provenant d’Amérique latine. Dans les années 80, la Camorra était un grand importateur de cocaïne. Et pour faire ce business, il fallait rencontrer les cartels colombiens dans les plus beaux hôtels de Madrid. L’Espagne est également un pays de blanchiment. Pendant longtemps, il n’y a pas eu de législation autour de cette pratique, et avec le développement hôtelier, les Espagnols se sont laissés aller à une colonisation mafieuse sans précédent. Enfin, depuis les pleins pouvoirs donnés aux magistrats italiens, les mafieux sont allés dans les pays où il y a très peu d’enquêtes sur eux. C’est assez simple : quand ils ne font pas de grosses affaires en Italie, ils vont dans les pays où le panel juridique anti-mafia est moins à risques. C’est d’ailleurs ce que disait entre les lignes Pietro Grasso, ancien procureur national anti-mafia : «Affaiblir les organisations mafieuses multiplie les alliances transnationales.» (cf. Crim’HALT dans « Riviera Nostra » : le film)

Alors que faire ?
Le problème, c’est que la globalisation économique et financière a créé des opportunités pour les mafieux. La question des solutions renvoie à la question de la fin de la prohibition des drogues, de la lutte contre les paradis fiscaux, l’instauration d’un délit d’association criminelle… Mais il faudrait intensifier les confiscations, et pourquoi pas mettre les biens saisis à disposition de la société civile (cf. communiqué de presse de Crim’HALT sur la loi Egalité et citoyenneté en janvier dernier). C’est justement ce qu’on appelle «la réutilisation sociale des biens confisqués». D’ailleurs, l’Italie a fait le choix de ne pas mettre aux enchères ses saisies car la puissance économique des mafias permettrait leur rachat.
__
 

Crim’HALT dans La Croix

Le 4 juillet, Fabrice Rizzoli, président de Crim’HALT était interviewé par le journaliste Noé Michalon du journal La Croix concernant la ‘Ndrangheta. Un important réseau de cette mafia était visé par des opérations de police deux jours plus tôt :

Après avoir subi une importante descente des autorités italiennes mardi 4 juillet, la mafia calabraise est loin d’avoir dit son dernier mot. Si son pouvoir de nuisance semble s’être amenuisé sur les dernières décennies, ces nouvelles arrestations sont loin de signer la fin de la vendetta.

Lire la suite : Italie : la mafia calabraise n’a pas dit son dernier mot

Collectif Thémis

Tribune Libération

Collectif Thémis
Collectif Thémis

Un collectif s’attaque aux excès de la politique antidrogue

Baptisé Themis, un groupe qui rassemble juristes, magistrats, policiers, chercheurs et citoyens, entend peser sur le débat dans les prochains mois.

La société française est-elle enfin mûre pour débattre des politiques publiques en matière de drogues ? Convaincu que le renouvellement d’une partie de la classe politique va créer un appel d’air sans précédent, un mouvement inédit se structure pour en finir avec le statu quo et bousculer les nouveaux députés sur le sujet. Rassemblant juristes, policiers, magistrats, universitaires, citoyens et associations de tout bord, le groupe Thémis part d’un constat simple : la politique antidrogue menée depuis près d’un demi-siècle est un échec total. Considérée comme le pays d’Europe où la consommation de cannabis est la plus élevée, la France est aussi celui où la politique pénale est la plus répressive.

Rien de surprenant, dès lors, que 84% des Français jugent la législation actuelle «inefficace» pour limiter le trafic et la consommation de drogue, selon un sondage Ipsos d’octobre 2016. Plusieurs facteurs témoignent de la dérive actuelle et de ses conséquences sociales désastreuses. Engorgement des tribunaux et des prisons, multiplication des risques sanitaires, augmentation des règlements de compte liés au trafic de stups, mise en cause des méthodes de certains services de police visant à satisfaire la politique du chiffre : le système est à bout de souffle.

«A plat»

Alors que le débat sur le sujet est englué depuis des années sur le terrain de la morale, les fondateurs de Thémis revendiquent une approche transversale, destinée à renouer le dialogue entre des protagonistes jusqu’ici trop peu habitués à réfléchir ensemble. «Ce décloisonnement est indispensable, juge Benjamin-Alexandre Jeanroy, cofondateur du collectif et consultant pour l’UNODC, l’agence de l’ONU en charge des drogues et du crime organisé. Alors que des pays comme les Etats-Unis, le Canada, le Mexique, le Portugal, l’Allemagne ou la Suisse ont entamé des réformes majeures, la France reste à l’écart de ce mouvement malgré un bilan qui ne cesse de s’aggraver.» A ses côtés, deux autres bons connaisseurs de la lutte antidrogue entendent porter le débat. Fabrice Rizzoli, docteur en sciences politiques et fondateur de Crim HALT, association pour l’implication de la société civile contre la grande criminalité, et Hubert Avoine, témoin privilégié des activités de l’Office français des stups, à l’origine d’une enquête ouverte par le parquet de Paris pour «trafic de stupéfiants» visant les méthodes de la police. «Au-delà des procédures judiciaires en cours, il est devenu urgent de remettre tout le système à plat», estime Benjamin-Alexandre Jeanroy.

«Non partisan»

Pour amplifier sa démarche, Thémis s’appuie sur l’organisation Expertises citoyennes horizontales (Echo), qui se présente comme «un lobby citoyen et participatif, politique mais non partisan». A l’origine d’une tribune publiée en février dans le Monde et signée par une centaine de personnalités, intellectuels, policiers, scientifiques politiques, Echo entend désormais créer des passerelles avec la société civile. Plus que jamais, la question des drogues se situe au carrefour de l’éducation, de l’intégration, du logement social et de la santé publique. Au cours des prochains mois, plusieurs comités locaux doivent être mis en place afin de fédérer un public large et des profils d’horizon divers autour de débats participatifs, aussi bien dans les grandes métropoles comme Marseille, Lyon, Lille ou Paris, que dans les régions plus reculées mais tout aussi exposées aux trafics.

Un débat politique et citoyen qui doit aboutir à une série de propositions concrètes destinées à réformer le système, liste qui sera remise aux présidents de groupes parlementaires à l’Assemblée nationale et au Sénat en septembre 2018. Emboîtant le pas d’un collectif d’une vingtaine d’avocats pénalistes, Thémis entend également militer pour la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les méthodes controversées des services de douanes et de police dans la lutte antidrogue. Avec la même intuition : difficile d’envisager un nouveau cadre tant que les failles du système actuel n’ont pas été clairement identifiées.

Emmanuel Fansten

La tribune sur Libération

 

Crim’HALT aux Grands Voisins

Retour sur le workshop :

« Journalistes : quel rôle dans la lutte contre la corruption ? »

L’espace associatif des Grands Voisins, à Paris, a accueilli le workshop « Journalistes : quel rôle dans la lutte contre la corruption ? », le 16 juin dernier. Un rendez-vous rendu possible par l’ONG European Youth Press, réseau de jeunes journalistes européen et le magazine Cafébabel, dans la continuité de leur collaboration autour du projet Reporting Against Corruption. L’événement a réuni plus d’une vingtaine de participants, principalement de jeunes journalistes, autour des organisateurs et des intervenants Fabrice Rizzoli, représentant Anticor et président de l’association Crim’HALT et Alexandre Brutelle, journaliste indépendant venant présenter le projet Deputy Watch, première base de données en ligne sur les délits d’élus. L’occasion pour chacun, militants et journalistes, de partager le fruit de leur travail et de réfléchir à la nécessité d’établir un pont entre leurs activités.

ACRP : Reporting Against Corruption, une initiative européenne

19264158_10154713764190662_739676713_oSafouane Abdessalem est tout d’abord revenu sur sa participation au premier workshop du « Reporting Against Corruption Project », au titre de journaliste pour Cafébabel. C’est auprès de dix journalistes européens sélectionnés par European Youth Press qu’il avait participé à une semaine de formation intensive à Anvers en mars dernier. Formation destinée à familiariser les participants à divers outils de la lutte contre la corruption.

Des outils empruntés à différentes pratiques, parmi lesquelles le journalisme d’investigation, le data-journalisme ou encore l’activisme, comme autant de directions données aux jeunes participants pour constituer leur propre « boîte-à-outils » et l’utiliser à leur retour dans leurs pays respectifs.

Ces derniers devaient également se charger de l’organisation d’un workshop porté autour de la même thématique, permettant ainsi le rendez-vous donné le 16 juin aux Grands Voisins.

Identifier la corruption avec Fabrice Rizzoli

19349416_10154713765220662_1788171540_oSuite à cette présentation, Fabrice Rizzoli s’est exprimé sur le thème du workshop en tant que représentant de l’association et président de Crim’HALT, à l’invitation des organisateurs. Il a présenté au public différents exemples de points de blocage institutionnels ralentissant la lutte contre la corruption.

Manque d’indépendance des procureurs vis-à-vis de l’exécutif, mise sous tutelle des Officiers de police judiciaire par leurs supérieurs hiérarchiques plutôt que par des magistrats enquêteurs ; nombreux sont les points institutionnels pouvant, en France, court-circuiter l’action de l’état en ce domaine.

Parmi ces derniers, le président de Crim’HALT, a mentionné l’existence du fameux « Verrou de Bercy », donnant le dernier mot au ministre de l’économie en matière de poursuites fiscales, lorsque ce rôle est habituellement réservé au procureur de la République pour tout ce qui relève du pénal. Pour rappel, la suppression de ce verrou avait été rejetée de peu à l’Assemblée Nationale en juillet dernier.

Fabrice Rizzoli a aussi fait écho à la crise que traverse actuellement la presse en matière d’indépendance éditoriale, citant l’attaque du Figaro essuyée par Anticor en 2015, au moment de la plainte déposée par l’association contre Serge Dassault, propriétaire du journal.

Enfin, il a également insisté sur l’usage social des biens confisqués comme unique moyen d’impliquer les citoyens contre la corruption, par exemple en reconvertissant des biens mal acquis et confisqués par l’état en lieux ouverts aux citoyens. C’est à ce titre que l’association Anticor devrait se voir mis à disposition l’appartement de Claude Guéant pour qu’il devienne le siège de la seule association anticoruption indépendante. La maison de Patrick Balkany devrait devenir la maison des journalistes. Une mesure par ailleurs recommandée par la Commission Spéciale du parlement européen contre le Crime organisé, la corruption et le blanchiment [CRIM].

Un énorme merci au Conseil Constitutionnel pour avoir retoqué l’amendement usage social des biens confisqués (cf. Communiqué de presse : les biens confisqués échappent à la société civile !)

Deputy Watch : du data-journalisme militant

cropped-logo_deputywatchAlexandre Brutelle, président du média associatif Politics Watch, a ensuite partagé avec le public le site Deputy Watch, première base de données des délits d’élus, réalisée à la veille des élections législatives avec la participation de nombreux jeunes journalistes français.

L’objectif de ces derniers : offrir aux votants un moteur de recherche récapitulant le passé judiciaire des députés sortants se représentant aux élections. Un projet en réponse au flot rapide et continu de l’information, où les manques de probité de nos élus se noient régulièrement.

Il a par la suite fait état des projets à venir pour le site : la création d’une nouvelle plateforme agrégeant de nouveaux types d’élus, parmi lesquels les sénateurs ou les députés européens. Mais également un nouveau média indépendant, qui informera le grand public sur les méthodes que les citoyens peuvent emprunter au journalisme afin de s’organiser eux-mêmes contre la corruption.

Des initiatives à suivre !

Alexandre Brutelle & Fabrice Rizzoli