Le 5 décembre 2025, Crim’HALT organisait une soirée de soutien et d’échange réunissant une quarantaine de personnes. À cette occasion, deux figures marquantes de la lutte contre le crime organisé étaient présentes. Franco La Torre est venu d’Italie pour l’occasion. Amine quant à lui était accompagné de deux policiers pour assurer sa protection face aux menaces de la DZ mafia.
Ce dîner profondément symbolique avait pour objectif de soutenir Amine Kessaci, dont les frères Brahim et Mehdi ont été assassinés le 20 décembre 2020 et 13 novembre 2025. Crim’halt tenait à ce qu’Amine ne se sente ni isolé ni abandonné, mais entouré, accompagné, et soutenu dans son deuil.
Quand la parole des victimes brise la solitude
Pour Crim’HALT, mettre en relation les proches de victimes est essentiel pour rompre l’isolement, favoriser l’entraide et redonner une place à la parole de ceux qui restent.
Ce dîner a été le lieu d’une rencontre rare et émouvante entre parents de victimes innocentes du crime organisé. Franco La Torre, fils du député sicilien assassiné en 1982, Amine Kessaci mais aussi Hassna Arabi, cousine de Socayna, tuée le 10 septembre 2023 par une balle perdue à Marseille alors qu’elle étudiait dans sa chambre nous ont fait l’honneur de leur présence. Hassna était accompagnée de sa fille de six ans, avec qui elle désirait partager sa manière d’affronter le deuil.
Le débat autour de la notion de « victime innocente »
L’un des thèmes centraux abordés lors de ce dîner fut celui de la notion de « victime innocente », une expression venue d’Italie qui fait l’objet de nombreux échanges de points de vue.
Amine Kessaci a exprimé un malaise face à ce terme car selon lui lorsque l’on enlève le mot innocente, il ne reste que victime, un mot que beaucoup associent implicitement à la culpabilité. Cette perception a notamment entouré le décès de son frère Brahim, souvent interprété à travers une mise en cause des parents, accusés à tort d’irresponsabilité, alors même que leur mère avait tout fait pour éloigner son fils du trafic de drogue. Des arguments qu’il développe dans son lire : Marseille, essuie tes larmes.
Dans la salle, ce rejet du terme faisait parfois écho alors que Franco La Torre proposait une lecture différente :
« Cela arrange beaucoup de monde qu’il n’y ait pas de distinction entre les victimes. » Pour les responsables politiques, il est facile de venir présenter ses condoléances aux parents de victimes et ne rien faire par la suite. En mettant les victimes sur le même point, on relance le “ après tout, si le juge a été assassiné… c’est qu’il devait avoir quelque chose…”
A contrario, la notion de victime innocente permet de rassembler, de créer une communauté de soutien, mais aussi d’ouvrir l’accès à des droits reconnus. Son propre parcours en est l’illustration. Son père, Pio La Torre, assassiné le 30 avril 1982 alors qu’il était député, a été au cœur d’une prise de conscience nationale en Italie. Trois mois après sa mort, des lois majeures furent adoptées, notamment le délit d’association mafieuse et la confiscation des biens mal acquis.
Franco La Torre incarne ainsi ce que l’on appelle communément un parent de victime et défend ce statut comme un moyen de commémorer la mémoire des disparus, sans jamais oublier ceux qui ont été tués.
Le 21 mars : le jour de la renaissance
Depuis 1996, le cartel associatif italien Libera a choisi le 21 mars comme Journée nationale de la mémoire des victimes innocentes de la mafia. Chaque année, les noms des mille victimes assassinées au cours du siècle sont lus publiquement, un geste destiné à rappeler que ces morts ne doivent jamais tomber dans l’oubli.
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« Non, je ne me tairai pas. Je dirai et répéterai que mon frère Mehdi est mort pour rien. »
Pour Amine, cette idée est essentielle. Contrairement à une vision parfois portée par d’autres, il refuse de voir dans ces crimes des « avertissements ». Il conserve une grande dignité, mais se dit profondément accablé par la culpabilité, allant jusqu’à penser qu’il est responsable de la mort de son frère. Le sentiment d’être reconnu comme “victime innocente” ne parvient pas, pour l’instant, à apaiser cette douleur.
Les mots de la fin de Fabrice Rizzoli
Présent lors de ce dîner, Fabrice Rizzoli s’est voulu résolument optimiste, tout en restant lucide :
« On peut réduire le nombre de victimes innocentes et d’assassinats si on tape fort sur les trafiquants. Lorsqu’ils sont réellement menacés, ils font d’autres arbitrages, ils partagent davantage, acceptent la concurrence. C’est ce qui s’est passé en Italie. Aujourd’hui, la mafia ne tue plus autant qu’ avant. »









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