C’est une première en France. En septembre dernier, Crim’HALT a organisé à Marseille la venue de Luigi Bonaventura, ancien boss de la ‘Ndrangheta devenu coopérateur de justice, et de son épouse. Ce déplacement inédit a donné lieu à des échanges remplis d’émotions et de symboliques. D’un côté, des familles marseillaises endeuillées par la violence du trafic de drogue. De l’autre, Luigi Bonaventura, ancien criminel ayant avoué quatre meurtres, aujourd’hui « repenti » et engagé contre l’organisation qu’il a servie autrefois. Une action rendue possible par la participation de son épouse.
Ce type de rencontre s’inscrit dans la logique de l’antimafia citoyenne que Crim’HALT défend et qui allie soutien aux victimes du crime organisé et protection des coopérateurs de justice grâce un travail de pédagogie et de réparation.
Le documentaire de Zone interdite
Cette action inédite a également été documentée par les caméras de M6. Le documentaire Zone Interdite consacré aux nouvelles prisons de haute sécurité met en lumière, dans deux séquences fortes, le combat des victimes. Il est possible d’y entendre le témoignage de la sœur de Kawtar (35m), ainsi que les échanges lors de la venue de Luigi (1h28).
De la Campanie à la Provence
Ce n’était pas la première fois que les chemins de Crim’HALT et de Luigi Bonaventura se croisaient. En 2023 et 2024, la délégation de l’association comprenant des victimes avait déjà eu l’opportunité d’échanger avec lui.
Lors de ces ateliers en Italie, Luigi avait raconté son parcours : celui d’un boss de la mafia de Crotone (Calabre) qui, en 2006, décide de rompre avec l’omertà pour protéger sa famille, permettant l’arrestation de centaines de mafieux. C’est fort de ce premier lien de confiance, tissé sur des terres confisquées à la mafia, que Crim’HALT a pu organiser sa venue en France six mois plus tard.
L’ancien mafieux devenu coopérateur de justice Luigi Bonaventura, ici dans les bras de Fana Rahem, qui a perdu son fils unique, assassiné à Marseille en juillet 2020. Photo : Mathilde Dorcadie.
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Commémoration : l'émotion sur la tombe de Socayna
Un des moments les plus marquants restera sans doute la visite au cimetière, le 10 septembre de Socayna. Cette jeune femme a été tuée d’une rafale de kalachnikov dans sa chambre en septembre 2023. C’est une victime innocente qui a subi les conséquences terribles d’une guerre de territoire qui ne la concernait pas.
Sur sa tombe, Luigi Bonaventura a tenu à rendre hommage à la jeune disparue. L’image de cet ancien criminel serrant dans ses bras Leila, la mère de Socayna, est extrêmement touchante. Elle incarne à elle seule la complexité de la démarche de Crim’HALT.
Luidgi Bonaventura, ancien boss de la Ndrangheta et coopérateur de justice, enlassant Leila, la mère de Socayna, une victime innocente tuée à Marseille en septembre 2023.
Ce geste d’humanité, au-delà des parcours opposés, rappelle que la lutte contre le crime organisé n’est pas qu’une affaire de police ou de justice, mais aussi une affaire de société et de réconciliation citoyenne.
"Battre la mafia, c'est possible"
L’arrivée de Luigi Bonaventura à Marseille a eu un retentissement médiatique immédiat. Dans une interview exclusive accordée au journal La Provence, l’ancien mafieux a livré un message d’espoir mais aussi de lucidité face à la situation marseillaise.
Pour Crim’HALT, cette prise de parole est essentielle : elle démontre que le statut de coopérateur de justice, de « repenti », est une arme redoutable pour déstabiliser les organisations criminelles.
Crim’HALT
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