Crim’HALT lauréat du Prix européen de l’enseignement innovant 2025 

23 Jan 2026 | Articles | 0 commentaires

L’association Crim’HALT s’est vu décerner le Prix européen de l’enseignement innovant (European Innovative Teaching Award) dans la catégorie « Éducation des adultes ». Cette distinction de la Commission européenne récompense notre mobilité Erasmus+ 6, réalisée en mars 2024 à Casal di Principe. Un projet fort, baptisé « Sur les terres libérées de la mafia », qui a placé la parole des victimes au cœur de la lutte antimafia.

Qu'est-ce que le Prix européen de l'enseignement innovant (EITA) ?

Initié par la Commission européenne en 2021, le Prix européen de l’enseignement innovant (EITA) célèbre l’excellence pédagogique au sein du programme Erasmus+. Cette distinction vise à valoriser le travail des enseignants et des structures de formation qui développent des méthodes d’apprentissage novatrices. Chaque année, le prix met en lumière une thématique spécifique alignée sur les priorités de l’Union. Pour l’édition 2025, le jury a choisi de récompenser les projets favorisant l’éducation à la citoyenneté, la participation démocratique et l’engagement civique, soulignant ainsi l’importance de former des citoyens actifs et éclairés à travers l’Europe.

Les détails officiels du prix sont à retrouver sur le site European Education Area de la Commission européenne.

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ECOPASS (European Connections against Organized Crime and the Promotion of Alternatives Social Systems)

ECOPASS est le nom du projet Erasmus+ qui a permis de financer ces voyages, dont le « Erasmus+ 6 » à Casal di Principe. C’est donc bien le projet ECOPASS qui est techniquement lauréat du prix EITA 2025.  « Erasmus+ 6 » est le nom « courant » donné par l’association à ce 6ème voyage, mais pour l’Union Européenne ce voyage fait partie du dossier global « ECOPASS »   

En effet, depuis plusieurs années, Crim’HALT s’inscrit dans la dynamique du programme Erasmus+, convaincue que la coopération européenne est un levier phare pour lutter contre les phénomènes criminels transnationaux. Le projet labellisé ECOPASS vise à renforcer les compétences des citoyens et acteurs sociaux pour analyser et contrer les mécanismes du crime organisé. Il a également pour but de favoriser les échanges de bonnes pratiques entre associations, victimes et professionnels, ainsi que de construire un réseau européen engagé dans des démarches éducatives innovantes contre l’implantation des mafias. 

Ce prix récompense le projet global baptisé ECOPASS (European Connections against Organized Crime and the Promotion of Alternatives Social Systems), porté par Crim’HALT sur la période 2023-2024, dont le point d’orgue fut cette immersion à Casal di Principe. 

Erasmus+ 6 : une immersion sur les terres de Don Peppe Diana

Du 16 au 24 mars 2024, une délégation menée par Crim’HALT s’est rendue en Campanie, à Casal di Principe, fief historique du clan des Casalesi. Accueillis par le Comitato Don Peppe Diana, partenaire du projet, les participants ont découvert comment une ville autrefois sous l’emprise mafieuse est devenue un modèle de résilience.

Ce séjour, détaillé dans notre Livre Blanc 2024, a permis de visiter des lieux symboliques de l’antimafia sociale. C’est ainsi que le petit groupe s’est rendu à la Casa don Diana, une villa confisquée à un tueur de la Camorra, devenue un centre éducatif et de mémoire. Les participants ont ensuite mangé à la nuova cucina organizzata (NCO), un restaurant inclusif employant des personnes en situation de handicap, installé sur un bien confisqué. Ils ont également eu l’occasion de se rendre à la radio Siani, la « radio de la légalité », qui émet depuis l’ancien appartement d’un boss mafieux.

Le voyage est détaillé dans l’article dédié au projet ERASMUS+6 : Crim’HALT sur les terres libérées de la mafia

Dans la Casa don Diana, devant l’un des murs de photos des victimes innocentes de la mafia. Photo : Jolan Zaparty.

Au cœur du prix : la force du collectif et la voix des victimes

Ce qui a distingué ce projet aux yeux du jury européen, c’est la place centrale accordée aux victimes innocentes. Le groupe Erasmus comprenait des membres de collectifs marseillais et Association Conscience, mais aussi corses tel que le Collectif Massimu Susini et Maffia Nò.

Le projet ERASMUS+ 6 relate effectivement des moments forts pour les participants. Dans la Casa don Diana, Jasmine, soeur de Socayna qui a été tuée à Marseille, et Laetitia, tante de Rayanne, ont échangé avec des mères italiennes. Elles se sont ainsi rendu compte que leur douleur est partagée au-delà des frontières. 

Le 19 mars, jour anniversaire de l’assassinat de Don Peppe Diana, nos participants ont défilé avec 10 000 personnes. Les familles françaises ont lu sur scène les noms de leurs proches disparus, enfin reconnus publiquement comme victimes innocentes.

Enfin,  les proches de victimes ont pris le micro de la radio Siani pour une émission spéciale afin de témoigner de leur combat pour la justice et contre l’oubli.

Ce voyage fut la preuve pour ces familles qu’elles étaient « au bon endroit, au bon moment » et leur a permis de combattre le cycle de solitude et de culpabilisation.

Atika, la tante de Sarah tuée à Marseille le 11 octobre 2020, aux côtés de Marisa Diana, sœur du prêtre Giuseppe Diana assassiné en 1994. Ici sur l’estrade installée pour le « Don Diana Day » et la lecture des plus de 1000 noms de victimes innocentes de la mafia. Photo : Jolan Zaparty

L'usage social des biens confisqués, un outil de réparation

Ce prix EITA récompense aussi le plaidoyer de Crim’HALT pour l’usage social des biens confisqués. L’agence Other vision de Severine Beaudot a filmé le président et cofondateur de l’association Fabrice Rizzoli accompagné de Laeticia Linon, d’expliquer au sein d’une vidéo les enjeux de cette démarche. Cette vidéo, tournée dans un bien confisqué à Marseille grâce au soutien de l’AGRASC, a permis à Crim’HALT d’illustrer comment la lutte contre la criminalité organisée prend forme dans les espaces réappropriés par la société civile.

La vidéo youtube est à retrouver ici : Sensibiliser à la problématique du crime organisé avec Erasmus+ I Projet lauréat EITA 2025

Une reconnaissance européenne pour l’engagement citoyen

Ce prix signifie bien plus qu’une reconnaissance : il met en lumière une approche pédagogique originale basée sur la coopération, l’éducation non formelle et l’action citoyenne face aux phénomènes criminels. Il valorise également la mobilité européenne comme outil d’apprentissage collectif, en particulier dans les domaines de l’économie sociale, de la réutilisation des biens confisqués et de la mémoire des victimes. 

“Être lauréat du Prix européen de l’enseignement innovant est une immense fierté. Erasmus+ a changé la donne pour Crim’HALT, car nos projets ont permis de faire venir à nous des gens venus d’horizons différents, ce qui nous a rendus plus forts.”, Fabrice Rizzoli, président et cofondateur de Crim’HALT 

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Fabrice Rizzoli, président et cofondateur de Crim’HALT, accompagné de Jean Toussaint Plasenzotti et de Hassna Arabi, deux parents de victimes membres de Crim’HALT, pour la remise du Prix européen de l’enseignement innovant le 2 décembre 2025 .

Du 22 au 30 août 2026 s’est déroulé le projet L.E.G.A.L. sur les terrains confisqués à la mafia de la coopérative Al Di Là Dei Sogni en Campanie, dans la ville de Sessa Aurunca. L’occasion pour Crim’halt d’y emmener Mohamed Benmeddour, médiateur dans les quartiers nord de Marseille et Yasmina Bel Hadj, chargée de mission prévention de la délinquance (entre autres casquettes toutes liées à la protection de la jeunesse) à la mairie de Marseille, tous deux envoyés sur les conseils de l’association Conscience, fondée par le désormais élu marseillais Amine Kessaci.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. lors du premier soir à la coopérative. Autour d’un bon plat de pâtes, évidemment!
Crédit photo : Al Di Là Dei Sogni

L.E.G.A.L. c’est quoi?

L.E.G.A.L. pour Learning, Education & Good-practices for Active Legality – Apprentissage, éducation et bonnes pratiques pour une légalité active. Cette nouvelle formation Erasmus+ est destinée aux travailleurs en lien avec la jeunesse. La formation a réuni 20 personnes : dix-huit travailleurs de jeunesse et deux formateurs. Les participants étaient envoyés par six organisations partenaires, à raison de trois travailleurs de jeunesse par pays : Italie, France, Roumanie, Bulgarie, Serbie et Lituanie.

OBJECTIFS :

– Renforcer les compétences des travailleurs de jeunesse dans l’utilisation de l’éducation non formelle pour promouvoir la légalité, la citoyenneté active et la justice sociale.
– Fournir des outils pratiques pour travailler auprès de jeunes vulnérables et prévenir l’influence de la criminalité.
– Échanger des bonnes pratiques européennes en matière d’action sociale antimafia, – d’engagement communautaire et de réutilisation des biens confisqués.

Concernant notre participation à ce séjour sur la coopérative, en répondant à ce type d’appels à projet européens qui s’inscrivent dans le programme Erasmus +, le rôle de Crim’Halt est ici de faire la connexion entre la ville de Marseille et un des nombreux acteurs engagés en Italie dans la lutte anti mafia. Pour donner des idées à nos responsables locaux, et plus largement sensibiliser les citoyens dans le rôle qu’ils peuvent jouer pour faire reculer la violence causée par le crime organisé en France.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. en atelier.
Crédit photo: Jolan Zaparty
Aux côtés de Gaetano, ex-camorriste incarcéré à de multiples reprises depuis ses 16 ans, condamné pour trafic de drogue international et devenu, au travers une fin de peine aménagée au sein de la coopérative, désormais l’un des piliers de Al Di Là Dei Sogni.
Crédit photo : Al Di La Dei Sogni
Durant une semaine, le groupe du projet L.E.G.A.L. a participé activement à la vie de la coopérative, travaillant notamment sur ses 17 hectares de terrains agricoles confisqués à la mafia.
Crédit photo : Jolan ZAPARTY

Un point sur la loi d’usage social des biens confisqués

Il faut aujourd’hui faire le point sur la loi d’usage social des biens confisqués en France : la loi d’avril 2024 permet désormais aux collectivités territoriales et aux associations de se voir attribuer des biens immobiliers saisis pour y mener des projets d’intérêt général ou de logement social. L’élargissement légal permet aux mairies et structures locales de solliciter l’AGRASC (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués) pour réemployer ces actifs. Finalités sociales : transformation des biens en logements d’urgence, structures d’insertion ou centres pour l’économie sociale et solidaire.

La loi a donc étendu le pouvoir des collectivités qui peuvent désormais préempter ces biens. Mais le mécanisme est encore trop peu connu de leurs services, et trop peu utilisé. A Marseille, l’exemple de la maison d’un trafiquant de cocaïne confisquée aux Aygalades, dans le 14e arrondissement, et transformée en centre d’hébergement d’urgence en 2023 est désormais assez connu. Mais à quand de nouveaux projets? Rien que sur la ville de Marseille, Crim’HALT a déjà eu vent d’au moins trois biens confisqués par l’AGRASC qui pourraient être reaffectés socialement, y compris dans les beaux quartiers comme cet immeuble de haut standing situé sur la Corniche, confisqué à des escrocs de la taxe carbone européenne, mis en vente aux enchères pour 4,7 millions d’euros en septembre 2025, mais qui n’a pas trouvé preneur et reste donc aujourd’hui vide et inoccupé.

Vue aérienne du Carlton Palace sur la Corniche.
Crédit photo : Agorastore

En Campanie, dans le sud de l’Italie mais plus largement partout dans la botte, on compte déjà près d’un millier d’exemples de réussite de ces transformations d’un lieu anciennement criminel en un espace au service de la collectivité. A la coopérative Al Di Là Dei Sogni, Simmaco, à l’origine du projet, rappelle ce que dit le droit :

“La loi italienne parle d’une réutilisation à des fins sociales ou productives. Dans le social, on peut tout imaginer : un foyer d’accueil pour mineurs en danger, un centre culturel, une résidence médicalisée pour personnes âgées, un centre d’urgence pour des personnes toxicodépendantes, un lieu dédié à des communautés éducatives, pour les personnes souffrant de handicap mental… Tout est possible. Pour les activités productives, c’est la même chose. Si l’on veut imaginer un atelier de fabrication de tables ou de chaussures, c’est possible. La seule condition est que 30% des personnes travaillant dans la nouvelle structure soient reconnues – par les services de santé ou les services sociaux – comme étant des personnes défavorisées.”

Depuis que notre association participe à des séjours Erasmus + sur cette thématique, Crim’Halt en a fait la promotion auprès d’acteurs de l’économie sociale et solidaire, de journalistes, de magistrats… Sans oublier bien sûr les familles de victimes que nous avons emmené sur ces programmes de formation.

A Sessa Aurunca, la coopérative sociale qui nous a hébergé cette semaine est un modèle de partenariat réussi pour aider des publics vulnérables et faire reculer l’emprise criminelle sur un territoire. Celui-ci fait travailler main dans la main des travailleurs sociaux, d’anciens détenus passés par le parcours de coopérateur de justice, des personnes en situation de handicap, d’anciens toxicomanes, les autorités qui luttent contre le crime organisé en Italie…Sans oublier des acteurs du monde éducatif, la population locale et au delà.

Et la coopérative ne compte pas s’arrêter là. Dernier projet en date : la gestion d’un nouveau bien confisqué récupéré par Al Di Là Dei Sogni au mois d’août 2025. Baptisé Al Di Là Del Mare, il s’agit d’une villa cossue située en bord de mer, saisie puis confisquée à un homme d’affaires local véreux qui faisait du business avec la Camorra. L’équipe de la coopérative réfléchit encore à ce qu’elle pourra faire sur place, un restaurant solidaire, un studio de musique pourquoi pas… Une radio associative, pilotée par une ONG, s’est dors et déjà installée au sous-sol de la villa qui compte deux étages et de beaux espaces extérieurs, à 3 minutes à pied de la mer. C’est un peu comme si chez nous, une belle demeure de la Côte d’azur était confisquée à un criminel notoire pour être transformée en centre culturel et social. Ça fait rêver non?

Al Di La Del Mare.
Crédit photo : Jolan Zaparty
Sur la terrasse du nouveau bien confisqué. Simmaco (2ème à g.), fondateur de la coopérative, nous a raconté l’histoire du bien.
Crédit photo : Jolan Zaparty
L’emplacement de la future radio associative.
Crédit photo : Jolan Zaparty

En résumé, pour lutter efficacement contre le crime organisé, il faut aussi des citoyens organisés. Les réseaux criminels se nourrissant des failles de l’État social, s’infiltrant là où l’action des pouvoirs publics se délite, ou les liens entre citoyens d’une même communauté s’affaiblissent. En faisant travailler ensemble une justice indépendante et des élus volontaires, des acteurs de terrain chevronnés et des habitants éclairés, opposons-lui donc une résistance collective.

Lors de notre retour du séjour organisé dans le cadre du projet L.E.G.A.L., la délégation française a pu défendre l’intérêt de tels projets auprès de l’élu Amine Kessaci, déjà fin connaisseur du modèle Italien. Gageons que ces nouveaux retours d’expérience et de terrains lui permettront à lui et à son équipe de monter de nouveaux projets pour faire avancer le modèle de l’usage social des biens confisqués à Marseille.

Retour d’expériences auprès de l’élu marseillais Amine Kessaci.
Crédit photo : Ville de Marseille

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