Colloque international : Out of Italy. Récits et images des mafias du monde

6 Oct 2022 | Articles | 0 commentaires

Crim’HALT était présent au colloque international « Out of Italy. Récits et images des mafias du monde » par l’intermédiaire d’Eléa GEFFROY, stagiaire au sein de Crim’HALT et étudiante en Master Géopolitique et Etudes Stratégiques à l’Université Carlos III de Madrid. Ce colloque a été organisé dans le cadre des activités de l’ORC (Observatoire du Récit Criminel / Osservatorio del Racconto Criminale) de l’Université Côte d’Azur les 29 et 30 septembre 2022.

La visibilité des activités criminelles mafieuses s’est étendue dans notre environnement politique, culturel et médiatique en raison de la mondialisation du crime organisé et de l’économie souterraine qui y est associée. Les histoires de fiction sur les organisations mafieuses sont devenues très populaires et circulent à l’échelle de la planète à travers différents supports – série télévisée, long métrage, jeux vidéo, industrie musicale.

Les mafias du monde entier sont désormais le centre d’une construction fictive qui ne cesse de croître et d’alimenter de nouvelles histoires, entraînant une « mafiatisation » des goûts et des préférences du grand public. Conscientes de cette mise en scène permanente de leurs faits et gestes, les mafias contribuent elles-mêmes à la mise à jour et à la diffusion des histoires qui les concernent…

Le colloque international Out of Italy qui s’est déroulé à Nice ces 29 et 30 septembre 2022, se penche sur l’analyse des mafias actives hors d’Italie et leurs représentations. L’expression peut être lue de deux façons, faisant référence à la fois à « ce qui se passe en dehors de l’Italie » et à « ce qui vient ou est exporté d’Italie ».

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La diffusion du phénomène mafieux en dehors de l’Italie y était analysée. Une étude d’Antonella MAURI: Candy Mafia: il marketing dell’immagine mafiosa sur le branding de différentes entreprises a relevé l’utilisation de l’image mafieuse dans le marketing. De nombreux commerces ou produits portant un nom à connotation mafieuse ont été présentés: produits alimentaires; chaînes de restaurants; marques de prêt-à-porter; ainsi qu’une boutique américaine de friandise en ligne: Candy Mafia. Cette dernière justifie son appellation par l’inscription suivante sur son site internet: « Nous l’appelons la CandyMafia, parce que vous avez besoin d’une « source secrète » afin d’obtenir les saveurs que vous voulez et faire partie de notre famille ».

La présence de la mafia dans les jeux vidéo a été étudiée par Arianna ZOTTAREL, doctorante en crime organisé, et Leonardo IEZZI, ingénieur chez Microsoft. En étudiant l’imagerie des jeux vidéo GTA MAFIA: The City Of Lost Heaven et GTA Vice City, ils ont souligné qu’une certaine proximité entre le joueur et le personnage mafieux est facilement créée grâce au contrôle entier que le joueur exerce sur son personnage, donnant l’envie au joueur d’en prendre soin et de se battre pour sa survie. L’immersion dans un monde ouvert, ‘Open World‘, avec de nombreuses activités annexes liées à celles de la mafia (trafic de drogue, extorsion, investissement dans l’économie légale, …) fait en sorte que les actions du joueur soient choisies en fonction des intérêts du personnage et non selon ses propres idées et valeurs.

Une attention particulière était portée lors de ce colloque aux représentations des mafias étant nées et se développant dans d’autres pays: Les yakuza : l’évolution d’une image par Lea RASO DELLA VOLTA; L’évolution des images de l’ultra violence au Salvador (de La vida loca (2009) à Maras, ver, oir y callar (2019)) par Anne-Claudine MOREL et La narco-communication au Mexique par Thomas AURELIANI.

Hélène CONSTANTY, journaliste d’investigation, essayiste et autrice de bande dessinée, a également mis en lumière notre association en présentant l’apparition de Crim’HALT dans la catégorie Antimafia : Justice à l’italienne du numéro 35 de La Revue Dessinée. Ces planches esquissent nos douze ans de plaidoyer « usage social des biens confisqués » en France ainsi que notre formation Erasmus+.

Retrouvez ICI sur notre site quelques extraits de cette bande dessinée en exclusivité.

 

Crim’HALT s’intéresse aussi aux représentations fictionnelles. Cliquez:

CRIM’ SOUS CRIC. Emission 2 : « La loi des Séries. Ou le crime organisé expliqué par les séries »

Les fictions s’invitent au séminaire « Hors la loi »

Crim’HALT « Hors la loi »

Programme du colloque international Out of Italy de l’ORC (Observatoire du Récit Criminel) de l’Université Côte d’Azur

Du 22 au 30 août 2026 s’est déroulé le projet L.E.G.A.L. sur les terrains confisqués à la mafia de la coopérative Al Di Là Dei Sogni en Campanie, dans la ville de Sessa Aurunca. L’occasion pour Crim’halt d’y emmener Mohamed Benmeddour, médiateur dans les quartiers nord de Marseille et Yasmina Bel Hadj, chargée de mission prévention de la délinquance (entre autres casquettes toutes liées à la protection de la jeunesse) à la mairie de Marseille, tous deux envoyés sur les conseils de l’association Conscience, fondée par le désormais élu marseillais Amine Kessaci.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. lors du premier soir à la coopérative. Autour d’un bon plat de pâtes, évidemment!
Crédit photo : Al Di Là Dei Sogni

L.E.G.A.L. c’est quoi?

L.E.G.A.L. pour Learning, Education & Good-practices for Active Legality – Apprentissage, éducation et bonnes pratiques pour une légalité active. Cette nouvelle formation Erasmus+ est destinée aux travailleurs en lien avec la jeunesse. La formation a réuni 20 personnes : dix-huit travailleurs de jeunesse et deux formateurs. Les participants étaient envoyés par six organisations partenaires, à raison de trois travailleurs de jeunesse par pays : Italie, France, Roumanie, Bulgarie, Serbie et Lituanie.

OBJECTIFS :

– Renforcer les compétences des travailleurs de jeunesse dans l’utilisation de l’éducation non formelle pour promouvoir la légalité, la citoyenneté active et la justice sociale.
– Fournir des outils pratiques pour travailler auprès de jeunes vulnérables et prévenir l’influence de la criminalité.
– Échanger des bonnes pratiques européennes en matière d’action sociale antimafia, – d’engagement communautaire et de réutilisation des biens confisqués.

Concernant notre participation à ce séjour sur la coopérative, en répondant à ce type d’appels à projet européens qui s’inscrivent dans le programme Erasmus +, le rôle de Crim’Halt est ici de faire la connexion entre la ville de Marseille et un des nombreux acteurs engagés en Italie dans la lutte anti mafia. Pour donner des idées à nos responsables locaux, et plus largement sensibiliser les citoyens dans le rôle qu’ils peuvent jouer pour faire reculer la violence causée par le crime organisé en France.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. en atelier.
Crédit photo: Jolan Zaparty
Aux côtés de Gaetano, ex-camorriste incarcéré à de multiples reprises depuis ses 16 ans, condamné pour trafic de drogue international et devenu, au travers une fin de peine aménagée au sein de la coopérative, désormais l’un des piliers de Al Di Là Dei Sogni.
Crédit photo : Al Di La Dei Sogni
Durant une semaine, le groupe du projet L.E.G.A.L. a participé activement à la vie de la coopérative, travaillant notamment sur ses 17 hectares de terrains agricoles confisqués à la mafia.
Crédit photo : Jolan ZAPARTY

Un point sur la loi d’usage social des biens confisqués

Il faut aujourd’hui faire le point sur la loi d’usage social des biens confisqués en France : la loi d’avril 2024 permet désormais aux collectivités territoriales et aux associations de se voir attribuer des biens immobiliers saisis pour y mener des projets d’intérêt général ou de logement social. L’élargissement légal permet aux mairies et structures locales de solliciter l’AGRASC (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués) pour réemployer ces actifs. Finalités sociales : transformation des biens en logements d’urgence, structures d’insertion ou centres pour l’économie sociale et solidaire.

La loi a donc étendu le pouvoir des collectivités qui peuvent désormais préempter ces biens. Mais le mécanisme est encore trop peu connu de leurs services, et trop peu utilisé. A Marseille, l’exemple de la maison d’un trafiquant de cocaïne confisquée aux Aygalades, dans le 14e arrondissement, et transformée en centre d’hébergement d’urgence en 2023 est désormais assez connu. Mais à quand de nouveaux projets? Rien que sur la ville de Marseille, Crim’HALT a déjà eu vent d’au moins trois biens confisqués par l’AGRASC qui pourraient être reaffectés socialement, y compris dans les beaux quartiers comme cet immeuble de haut standing situé sur la Corniche, confisqué à des escrocs de la taxe carbone européenne, mis en vente aux enchères pour 4,7 millions d’euros en septembre 2025, mais qui n’a pas trouvé preneur et reste donc aujourd’hui vide et inoccupé.

Vue aérienne du Carlton Palace sur la Corniche.
Crédit photo : Agorastore

En Campanie, dans le sud de l’Italie mais plus largement partout dans la botte, on compte déjà près d’un millier d’exemples de réussite de ces transformations d’un lieu anciennement criminel en un espace au service de la collectivité. A la coopérative Al Di Là Dei Sogni, Simmaco, à l’origine du projet, rappelle ce que dit le droit :

“La loi italienne parle d’une réutilisation à des fins sociales ou productives. Dans le social, on peut tout imaginer : un foyer d’accueil pour mineurs en danger, un centre culturel, une résidence médicalisée pour personnes âgées, un centre d’urgence pour des personnes toxicodépendantes, un lieu dédié à des communautés éducatives, pour les personnes souffrant de handicap mental… Tout est possible. Pour les activités productives, c’est la même chose. Si l’on veut imaginer un atelier de fabrication de tables ou de chaussures, c’est possible. La seule condition est que 30% des personnes travaillant dans la nouvelle structure soient reconnues – par les services de santé ou les services sociaux – comme étant des personnes défavorisées.”

Depuis que notre association participe à des séjours Erasmus + sur cette thématique, Crim’Halt en a fait la promotion auprès d’acteurs de l’économie sociale et solidaire, de journalistes, de magistrats… Sans oublier bien sûr les familles de victimes que nous avons emmené sur ces programmes de formation.

A Sessa Aurunca, la coopérative sociale qui nous a hébergé cette semaine est un modèle de partenariat réussi pour aider des publics vulnérables et faire reculer l’emprise criminelle sur un territoire. Celui-ci fait travailler main dans la main des travailleurs sociaux, d’anciens détenus passés par le parcours de coopérateur de justice, des personnes en situation de handicap, d’anciens toxicomanes, les autorités qui luttent contre le crime organisé en Italie…Sans oublier des acteurs du monde éducatif, la population locale et au delà.

Et la coopérative ne compte pas s’arrêter là. Dernier projet en date : la gestion d’un nouveau bien confisqué récupéré par Al Di Là Dei Sogni au mois d’août 2025. Baptisé Al Di Là Del Mare, il s’agit d’une villa cossue située en bord de mer, saisie puis confisquée à un homme d’affaires local véreux qui faisait du business avec la Camorra. L’équipe de la coopérative réfléchit encore à ce qu’elle pourra faire sur place, un restaurant solidaire, un studio de musique pourquoi pas… Une radio associative, pilotée par une ONG, s’est dors et déjà installée au sous-sol de la villa qui compte deux étages et de beaux espaces extérieurs, à 3 minutes à pied de la mer. C’est un peu comme si chez nous, une belle demeure de la Côte d’azur était confisquée à un criminel notoire pour être transformée en centre culturel et social. Ça fait rêver non?

Al Di La Del Mare.
Crédit photo : Jolan Zaparty
Sur la terrasse du nouveau bien confisqué. Simmaco (2ème à g.), fondateur de la coopérative, nous a raconté l’histoire du bien.
Crédit photo : Jolan Zaparty
L’emplacement de la future radio associative.
Crédit photo : Jolan Zaparty

En résumé, pour lutter efficacement contre le crime organisé, il faut aussi des citoyens organisés. Les réseaux criminels se nourrissant des failles de l’État social, s’infiltrant là où l’action des pouvoirs publics se délite, ou les liens entre citoyens d’une même communauté s’affaiblissent. En faisant travailler ensemble une justice indépendante et des élus volontaires, des acteurs de terrain chevronnés et des habitants éclairés, opposons-lui donc une résistance collective.

Lors de notre retour du séjour organisé dans le cadre du projet L.E.G.A.L., la délégation française a pu défendre l’intérêt de tels projets auprès de l’élu Amine Kessaci, déjà fin connaisseur du modèle Italien. Gageons que ces nouveaux retours d’expérience et de terrains lui permettront à lui et à son équipe de monter de nouveaux projets pour faire avancer le modèle de l’usage social des biens confisqués à Marseille.

Retour d’expériences auprès de l’élu marseillais Amine Kessaci.
Crédit photo : Ville de Marseille

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