Portrait de Rayanne, 14 ans, victime innocente

18 Août 2023 | Articles | 0 commentaires

Le 18 août 2021, Rayanne, 14 ans, tombait sous les balles des trafiquants

Né le 31 octobre 2006 à Marseille, Rayanne est décédé à l’age de 14 ans. Ce mercredi, lors d’une soirée à forte chaleur dont Marseille à le secret, ce gamin de la cité des marronniers (14ème) était la victime collatérale d’une fusillade qui éclatait sur un point de deal de son quartier. L’adolescent est aujourd’hui enterré au cimetière Saint-Pierre, « une ville dans la ville » au cœur du 5e arrondissement de la cité phocéenne.

Photo : Rayanne à 9 ans.

Pour le deuxième anniversaire de sa mort ce vendredi, sa tante Laetitia Linon, nous dresse le portrait de ce « gamin turbulent mais plein de vie » qu’elle considérait comme son propre fils, fauché par des dealers juste en bas de chez lui. En rappelant d’abord qu’il n’était pas l’un de jeunes désœuvrés attrapés pour faire les « choufs », ces guetteurs recrutés de plus en plus jeunes par les trafiquants. L’adolescent n’avait aucun casier judiciaire, il était scolarisé, entouré. Après avoir réussi son année de 4ème au collège Marie Laurencin, il devait intégrer une troisième professionnelle à la rentrée dans un lycée de la Valentine (11ème).

Retrouvez le témoignage de Laetitia, la tante de Rayanne sur BFMTV :

« CE N’ETAIT PAS UN DEALER »: LE TEMOIGNAGE DE LA TANTE DE L’ADOLESCENT DE 14 ANS TUE à MARSEILLE

A la maison, Rayanne vivait avec sa grand-mère, sa mère, agent de service hospitalier et sa grande sœur Sofia qui a eu 20 ans au mois de juillet. Elle venait de passer son bac à la mort de son petit frère. Après deux ans de gouffre, elle vient de recommencer à travailler pour devenir assistante puéricultrice. Aux funérailles de Rayanne, près de 200 personnes étaient présentes dont beaucoup de familles et jeunes du quartier mais aussi plusieurs de ses anciens professeurs, la CPE et la principale du collège ainsi que son éducateur « qui avait noué une relation fusionnelle » avec l’adolescent affirme Laetitia.

Photo : Laetitia Linon devant le mur des défunts installé en 2022 à la cité des associations de Marseille en amont d’une grande marche pour la justice et la paix organisée le 18 juin.

En rejoignant le Collectif des familles, elle a canalisé sa tristesse par l’action. En aidant les proches endeuillés dans leurs démarches avec la justice, en interpellant les pouvoirs publics pour renforcer les moyens des enquêteurs et faire vivre la mémoire de leurs enfants disparus. Laetitia Linon participera en septembre au prochain séjour Erasmus+ à Rome, organisé par Crim’HALT pour se former à l’anti-mafia citoyenne telle qu’elle a cours en Italie mais aussi découvrir la mise en application concrète de l’usage social des biens confisqués ». Nora, la maman de Rayanne, avait déjà participé à l’un de ces séjours en mai 2022 , cette fois avec des acteurs locaux de l’antimafia dans les Provinces de Palerme et de Trapani en Sicile.

Pour en savoir plus : Erasmus+3 sur les terres libérées de la mafia en Sicile

Ensemble, nous continuons de tisser des liens entre les familles endeuillées, qu’elles viennent de Marseille, Rome ou Ajaccio. Avec toujours les mêmes objectifs : briser le sentiment d’isolement de ces parents, mettre la pression sur les autorités pour améliorer leur accompagnement, enfin faire changer les mentalités et le traitement médiatique sur la manière de parler du crime organisé, de ses victimes et des familles endeuillées. Ou pour le dire avec les mots de notre président Fabrice Rizzoli, « en défendant la mémoire des victimes innocentes, on protège aussi les vivants ».

Crim’HALT défend le statut de « victime innocente » : 21 mars 2023 : journée en mémoire des victimes innocentes du crime organisé la liste s’allonge !

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Du 22 au 30 août 2026 s’est déroulé le projet L.E.G.A.L. sur les terrains confisqués à la mafia de la coopérative Al Di Là Dei Sogni en Campanie, dans la ville de Sessa Aurunca. L’occasion pour Crim’halt d’y emmener Mohamed Benmeddour, médiateur dans les quartiers nord de Marseille et Yasmina Bel Hadj, chargée de mission prévention de la délinquance (entre autres casquettes toutes liées à la protection de la jeunesse) à la mairie de Marseille, tous deux envoyés sur les conseils de l’association Conscience, fondée par le désormais élu marseillais Amine Kessaci.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. lors du premier soir à la coopérative. Autour d’un bon plat de pâtes, évidemment!
Crédit photo : Al Di Là Dei Sogni

L.E.G.A.L. c’est quoi?

L.E.G.A.L. pour Learning, Education & Good-practices for Active Legality – Apprentissage, éducation et bonnes pratiques pour une légalité active. Cette nouvelle formation Erasmus+ est destinée aux travailleurs en lien avec la jeunesse. La formation a réuni 20 personnes : dix-huit travailleurs de jeunesse et deux formateurs. Les participants étaient envoyés par six organisations partenaires, à raison de trois travailleurs de jeunesse par pays : Italie, France, Roumanie, Bulgarie, Serbie et Lituanie.

OBJECTIFS :

– Renforcer les compétences des travailleurs de jeunesse dans l’utilisation de l’éducation non formelle pour promouvoir la légalité, la citoyenneté active et la justice sociale.
– Fournir des outils pratiques pour travailler auprès de jeunes vulnérables et prévenir l’influence de la criminalité.
– Échanger des bonnes pratiques européennes en matière d’action sociale antimafia, – d’engagement communautaire et de réutilisation des biens confisqués.

Concernant notre participation à ce séjour sur la coopérative, en répondant à ce type d’appels à projet européens qui s’inscrivent dans le programme Erasmus +, le rôle de Crim’Halt est ici de faire la connexion entre la ville de Marseille et un des nombreux acteurs engagés en Italie dans la lutte anti mafia. Pour donner des idées à nos responsables locaux, et plus largement sensibiliser les citoyens dans le rôle qu’ils peuvent jouer pour faire reculer la violence causée par le crime organisé en France.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. en atelier.
Crédit photo: Jolan Zaparty
Aux côtés de Gaetano, ex-camorriste incarcéré à de multiples reprises depuis ses 16 ans, condamné pour trafic de drogue international et devenu, au travers une fin de peine aménagée au sein de la coopérative, désormais l’un des piliers de Al Di Là Dei Sogni.
Crédit photo : Al Di La Dei Sogni
Durant une semaine, le groupe du projet L.E.G.A.L. a participé activement à la vie de la coopérative, travaillant notamment sur ses 17 hectares de terrains agricoles confisqués à la mafia.
Crédit photo : Jolan ZAPARTY

Un point sur la loi d’usage social des biens confisqués

Il faut aujourd’hui faire le point sur la loi d’usage social des biens confisqués en France : la loi d’avril 2024 permet désormais aux collectivités territoriales et aux associations de se voir attribuer des biens immobiliers saisis pour y mener des projets d’intérêt général ou de logement social. L’élargissement légal permet aux mairies et structures locales de solliciter l’AGRASC (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués) pour réemployer ces actifs. Finalités sociales : transformation des biens en logements d’urgence, structures d’insertion ou centres pour l’économie sociale et solidaire.

La loi a donc étendu le pouvoir des collectivités qui peuvent désormais préempter ces biens. Mais le mécanisme est encore trop peu connu de leurs services, et trop peu utilisé. A Marseille, l’exemple de la maison d’un trafiquant de cocaïne confisquée aux Aygalades, dans le 14e arrondissement, et transformée en centre d’hébergement d’urgence en 2023 est désormais assez connu. Mais à quand de nouveaux projets? Rien que sur la ville de Marseille, Crim’HALT a déjà eu vent d’au moins trois biens confisqués par l’AGRASC qui pourraient être reaffectés socialement, y compris dans les beaux quartiers comme cet immeuble de haut standing situé sur la Corniche, confisqué à des escrocs de la taxe carbone européenne, mis en vente aux enchères pour 4,7 millions d’euros en septembre 2025, mais qui n’a pas trouvé preneur et reste donc aujourd’hui vide et inoccupé.

Vue aérienne du Carlton Palace sur la Corniche.
Crédit photo : Agorastore

En Campanie, dans le sud de l’Italie mais plus largement partout dans la botte, on compte déjà près d’un millier d’exemples de réussite de ces transformations d’un lieu anciennement criminel en un espace au service de la collectivité. A la coopérative Al Di Là Dei Sogni, Simmaco, à l’origine du projet, rappelle ce que dit le droit :

La loi italienne parle d’une réutilisation à des fins sociales ou productives. Dans le social, on peut tout imaginer : un foyer d’accueil pour mineurs en danger, un centre culturel, une résidence médicalisée pour personnes âgées, un centre d’urgence pour des personnes toxicodépendantes, un lieu dédié à des communautés éducatives, pour les personnes souffrant de handicap mental… Tout est possible. Pour les activités productives, c’est la même chose. Si l’on veut imaginer un atelier de fabrication de tables ou de chaussures, c’est possible. La seule condition est que 30% des personnes travaillant dans la nouvelle structure soient reconnues – par les services de santé ou les services sociaux – comme étant des personnes défavorisées.

Depuis que notre association participe à des séjours Erasmus + sur cette thématique, Crim’Halt en a fait la promotion auprès d’acteurs de l’économie sociale et solidaire, de journalistes, de magistrats… Sans oublier bien sûr les familles de victimes que nous avons emmené sur ces programmes de formation.

A Sessa Aurunca, la coopérative sociale qui nous a hébergé cette semaine est un modèle de partenariat réussi pour aider des publics vulnérables et faire reculer l’emprise criminelle sur un territoire. Celui-ci fait travailler main dans la main des travailleurs sociaux, d’anciens détenus passés par le parcours de coopérateur de justice, des personnes en situation de handicap, d’anciens toxicomanes, les autorités qui luttent contre le crime organisé en Italie…Sans oublier des acteurs du monde éducatif, la population locale et au delà.

Et la coopérative ne compte pas s’arrêter là. Dernier projet en date : la gestion d’un nouveau bien confisqué récupéré par Al Di Là Dei Sogni au mois d’août 2025. Baptisé Al Di Là Del Mare, il s’agit d’une villa cossue située en bord de mer, saisie puis confisquée à un homme d’affaires local véreux qui faisait du business avec la Camorra. L’équipe de la coopérative réfléchit encore à ce qu’elle pourra faire sur place, un restaurant solidaire, un studio de musique pourquoi pas… Une radio associative, pilotée par une ONG, s’est dors et déjà installée au sous-sol de la villa qui compte deux étages et de beaux espaces extérieurs, à 3 minutes à pied de la mer. C’est un peu comme si chez nous, une belle demeure de la Côte d’azur était confisquée à un criminel notoire pour être transformée en centre culturel et social. Ça fait rêver non?

Al Di La Del Mare.
Crédit photo : Jolan Zaparty
Sur la terrasse du nouveau bien confisqué. Simmaco (2ème à g.), fondateur de la coopérative, nous a raconté l’histoire du bien.
Crédit photo : Jolan Zaparty
L’emplacement de la future radio associative.
Crédit photo : Jolan Zaparty

En résumé, pour lutter efficacement contre le crime organisé, il faut aussi des citoyens organisés. Les réseaux criminels se nourrissant des failles de l’État social, s’infiltrant là où l’action des pouvoirs publics se délite, ou les liens entre citoyens d’une même communauté s’affaiblissent. En faisant travailler ensemble une justice indépendante et des élus volontaires, des acteurs de terrain chevronnés et des habitants éclairés, opposons-lui donc une résistance collective.

Lors de notre retour du séjour organisé dans le cadre du projet L.E.G.A.L., la délégation française a pu défendre l’intérêt de tels projets auprès de l’élu Amine Kessaci, déjà fin connaisseur du modèle Italien. Gageons que ces nouveaux retours d’expérience et de terrains lui permettront à lui et à son équipe de monter de nouveaux projets pour faire avancer le modèle de l’usage social des biens confisqués à Marseille.

Retour d’expériences auprès de l’élu marseillais Amine Kessaci.
Crédit photo : Ville de Marseille

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