Crim’HALT soutient encore et encore la coopérative Valle del Marro

10 Juil 2020 | Articles | 0 commentaires

La coopérative Valle del Marro qui exploite plusieurs terrains confisqués à des groupes criminels de la mafia calabraise, la ‘ndrangheta, a subi une série de vols depuis le mois de mai (5 au total vol) aprés celui du mois de dans ses locaux début mars 2020

Il s’agit un acte de « violence « programmée » typiquement mafieux. Les voleurs se sont arrêtés précisément où commence la possibilité d’être filmé par des caméras de vidéo-surveillance. C’est le 5ème attentat mafieux contre cette coopérative active depuis 2004 :

2006 : incendie des moyens de production et arrachage de centaine d’oliviers centenaires en 2006 (valeur 600 000 euros…).

2009 : vol de matériel d’une valeur de 5 000 euros

2011 : 500 oliviers réduits en cendre. FLARE France, ancêtre de Crim’HALT rapportait Calabre : terres libérées de la mafia en flammes

2018 : dans la nuit du 2 au 3 avril, 200 plants de Kiwi arrachés! : Crim’HALT avec la coopérative Valle del Marro

2020. mars vol dans le centre de production agricole cf. furto nel centro aziendale)

2020 : mai, juin : dégradation dans le champ de clémentine et vols de matériel nécessaire à l’irrigation

2020 : juillet, vol de 128 tuteurs en châtaigner pour le jeune pousse d’oliviers...

En attendant, sur ce territoire, la magistrature ne chaume pas avec l’arrestation au mois de juin 2020 de 22 personnes qui faisaient vivre le clan Longo-Versace de Polistena : racket, usure, blanchiment 5 millions d’euros saisis.

Tout notre soutien aux hommes et aux femmes qui se battent pour un autre modèle de société (cf. Séjour sur les terres libérées de la mafia : mieux faire face à la grande criminalité en France )

S’il fallait une preuve de l’importance d’une loi d’usage social des biens confisqués en France.

Article, du mois de juillet 2020, du site de la Valle del Marro traduit par une militante :

La Ministre de l’Enseignement et le Président de la Commission Antimafia en visite à la Valle del Marro

Au cours de la rencontre, la reconnaissance de l’engagement éducatif de la Valle del Marro – Libera Terra e le lancement du projet pilote des camps d’été aussi à Polistena

L’école comme bouée de sauvetage éducative et comme garnison éthique, également au travers de parcours de formation sur les biens confisqués à la mafia. C’était le thème au centre de la visite de la Ministre de l’Education, Lucia Azzolina, et du Président de la Commission parlementaire antimafia, Nicola Morra, qui dans l’après-midi du 13 juillet se sont rendus à Polistena pour rencontrer les partenaires et les employés de la Valle del Marro – Libera Terra. L’occasion est née du lancement du projet pilote – dont le protocole d’entente a été signé le matin-même à Locri – qui voit MIUR et la Commission parlementaire d’enquête engagés pour promouvoir et soutenir la participation de 1’000 étudiants aux camps d’été organisés en Calabre, Sicile, Pouilles et Campanie, à l’intérieur des biens restitués à la communauté. A Polistena, entre juillet et août, trois camps auront lieu.

En souhaitant la bienvenue aux deux représentants institutionnels, Domenico Fazzari a raconté les choix de vie des associés fondateurs de la Valle del marro, qui ont repoussé la malsaine mentalité mafieuse, d’abord grâce au soutien de familles capables de distinguer le bien du mal, et ensuite par la rencontre avec les propositions éducatives valides et concrètes vécues à l’école et à l’oratoire. Concept défendu par l’associé Antonio Napoli qui a parlé de l’Ecole comme d’une « bouée éducative » pour toutes les adolescences potentiellement à risque. Napoli a passé en revue les nombreux parcours éducatifs mis en œuvre dans la Valle del Marro (entre autres, les Camps d’engagement et de formation « Eté Libres »), en les décrivant comme des expériences qui renforcent la conscience morale des jeunes et les font « tomber amoureux de l’engagement pour le territoire ». Un engagement basé sur le réseau de collaboration avec magistrats, forces de l’ordre, journalistes, familles de victimes innocentes de la mafia et administrateurs. Le maire de Polistena, Michele Tripodi, a confirmé l’importance de la synergie positive construite autour du courageux laboratoire de croissance et de formation représenté par l’expérience de « Libera Terra ». En reprenant la parole, Fazzari a exprimé le souhait que le projet pilote puisse être « inséré dans le système » afin de poser ces bases éducatives qui permettront à chaque jeune calabrais « de racheter le bien le plus important, celui de pouvoir rester sur ses propres terres, en opérant du bon côté. »

Dans son intervention, le Sénateur Morra a rappelé l’exemple d’amour envers sa terre de Paolo Borsellino, afin de mettre en valeur que « seul celui qui réussit à aimer infiniment, cherche a corriger les défauts du contexte dans lequel il est né. Ceux-là sont des territoires complexes et il ne faut jamais perdre la direction de marche, qui est celle de fonder ses propres agissements sur une éthique déontologique et sur la récupération des valeurs de solidarité. Être ici, – ajoute Morra en mettant en valeur l’engagement de la Valle del Marro, objet de fréquents attaques et dommages – travailler sur une terre qui a été soumise a des décennies d’exploitation mafieuse en récupérant ex malo bono : tout cela démontre qu’il est possible de changer, mais qu’il faut une grande prudence et une grande constance. » En soulignant la forte harmonie institutionnelle à la base du projet pilote des camps d’été, le Président Morra a conclu en disant que « nous voulons lancer ce travail avec des sujets que se sont déjà engagés, mais avec l’aide des Institutions parce qu’il ne peut pas s’agir de l’opérateur seul, l’école seule, mais il doit s’agir d’un système, d’un réseau, d’une équipe » à mener à bien un travail culturel long mais fondamental. Le travail représenté symboliquement – l’image est de Morra lui-même – par la plantation d’un arbre comme acte de passage d’une génération à l’autre.

Les conclusions de la rencontre confiées à la Ministre Azzolina ont mis en exergue la nécessité de faire un travail d’équipe et d’insérer dans le système les bonnes pratiques, comme cela de la Valle del Marro – Libera Terra. « Vous êtes une grande réalité – a dit la Ministre en s’adressant aux associés de la coopérative. Vous n’êtes pas en train de semer de manière uniquement physique mais bien plus. Quand l’école fait équipe avec le territoire, avec des personnes comme vous, le mix est explosif et la bouée de sauvetage éducative, nous réussissons vraiment à la donner à tous. Des expériences comme la vôtre bénéficient in primis aux étudiants – notamment lorsqu’ils viennent de contextes difficiles, de familles peu aisées – mais aussi à tout le territoire : elles bénéficient à tous ceux qui croient en l’école et croient que l’école peut être cette agence formative en mesure d’améliorer notre Pays. Les résultats s’obtiennent en collaborant tous ensemble, personne ne peut se sauver seul. Merci pour ce que vous avez fait. Je raconterai partout ce que vous m’avez montré aujourd’hui » a conclu la Ministre, en recevant en don les produits de la coopérative et une copie du livre de Don Luigi Ciotti « L’amour ne suffit pas ».

Du 22 au 30 août 2026 s’est déroulé le projet L.E.G.A.L. sur les terrains confisqués à la mafia de la coopérative Al Di Là Dei Sogni en Campanie, dans la ville de Sessa Aurunca. L’occasion pour Crim’halt d’y emmener Mohamed Benmeddour, médiateur dans les quartiers nord de Marseille et Yasmina Bel Hadj, chargée de mission prévention de la délinquance (entre autres casquettes toutes liées à la protection de la jeunesse) à la mairie de Marseille, tous deux envoyés sur les conseils de l’association Conscience, fondée par le désormais élu marseillais Amine Kessaci.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. lors du premier soir à la coopérative. Autour d’un bon plat de pâtes, évidemment!
Crédit photo : Al Di Là Dei Sogni

L.E.G.A.L. c’est quoi?

L.E.G.A.L. pour Learning, Education & Good-practices for Active Legality – Apprentissage, éducation et bonnes pratiques pour une légalité active. Cette nouvelle formation Erasmus+ est destinée aux travailleurs en lien avec la jeunesse. La formation a réuni 20 personnes : dix-huit travailleurs de jeunesse et deux formateurs. Les participants étaient envoyés par six organisations partenaires, à raison de trois travailleurs de jeunesse par pays : Italie, France, Roumanie, Bulgarie, Serbie et Lituanie.

OBJECTIFS :

– Renforcer les compétences des travailleurs de jeunesse dans l’utilisation de l’éducation non formelle pour promouvoir la légalité, la citoyenneté active et la justice sociale.
– Fournir des outils pratiques pour travailler auprès de jeunes vulnérables et prévenir l’influence de la criminalité.
– Échanger des bonnes pratiques européennes en matière d’action sociale antimafia, – d’engagement communautaire et de réutilisation des biens confisqués.

Concernant notre participation à ce séjour sur la coopérative, en répondant à ce type d’appels à projet européens qui s’inscrivent dans le programme Erasmus +, le rôle de Crim’Halt est ici de faire la connexion entre la ville de Marseille et un des nombreux acteurs engagés en Italie dans la lutte anti mafia. Pour donner des idées à nos responsables locaux, et plus largement sensibiliser les citoyens dans le rôle qu’ils peuvent jouer pour faire reculer la violence causée par le crime organisé en France.

Le groupe du projet L.E.G.A.L. en atelier.
Crédit photo: Jolan Zaparty
Aux côtés de Gaetano, ex-camorriste incarcéré à de multiples reprises depuis ses 16 ans, condamné pour trafic de drogue international et devenu, au travers une fin de peine aménagée au sein de la coopérative, désormais l’un des piliers de Al Di Là Dei Sogni.
Crédit photo : Al Di La Dei Sogni
Durant une semaine, le groupe du projet L.E.G.A.L. a participé activement à la vie de la coopérative, travaillant notamment sur ses 17 hectares de terrains agricoles confisqués à la mafia.
Crédit photo : Jolan ZAPARTY

Un point sur la loi d’usage social des biens confisqués

Il faut aujourd’hui faire le point sur la loi d’usage social des biens confisqués en France : la loi d’avril 2024 permet désormais aux collectivités territoriales et aux associations de se voir attribuer des biens immobiliers saisis pour y mener des projets d’intérêt général ou de logement social. L’élargissement légal permet aux mairies et structures locales de solliciter l’AGRASC (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués) pour réemployer ces actifs. Finalités sociales : transformation des biens en logements d’urgence, structures d’insertion ou centres pour l’économie sociale et solidaire.

La loi a donc étendu le pouvoir des collectivités qui peuvent désormais préempter ces biens. Mais le mécanisme est encore trop peu connu de leurs services, et trop peu utilisé. A Marseille, l’exemple de la maison d’un trafiquant de cocaïne confisquée aux Aygalades, dans le 14e arrondissement, et transformée en centre d’hébergement d’urgence en 2023 est désormais assez connu. Mais à quand de nouveaux projets? Rien que sur la ville de Marseille, Crim’HALT a déjà eu vent d’au moins trois biens confisqués par l’AGRASC qui pourraient être reaffectés socialement, y compris dans les beaux quartiers comme cet immeuble de haut standing situé sur la Corniche, confisqué à des escrocs de la taxe carbone européenne, mis en vente aux enchères pour 4,7 millions d’euros en septembre 2025, mais qui n’a pas trouvé preneur et reste donc aujourd’hui vide et inoccupé.

Vue aérienne du Carlton Palace sur la Corniche.
Crédit photo : Agorastore

En Campanie, dans le sud de l’Italie mais plus largement partout dans la botte, on compte déjà près d’un millier d’exemples de réussite de ces transformations d’un lieu anciennement criminel en un espace au service de la collectivité. A la coopérative Al Di Là Dei Sogni, Simmaco, à l’origine du projet, rappelle ce que dit le droit :

La loi italienne parle d’une réutilisation à des fins sociales ou productives. Dans le social, on peut tout imaginer : un foyer d’accueil pour mineurs en danger, un centre culturel, une résidence médicalisée pour personnes âgées, un centre d’urgence pour des personnes toxicodépendantes, un lieu dédié à des communautés éducatives, pour les personnes souffrant de handicap mental… Tout est possible. Pour les activités productives, c’est la même chose. Si l’on veut imaginer un atelier de fabrication de tables ou de chaussures, c’est possible. La seule condition est que 30% des personnes travaillant dans la nouvelle structure soient reconnues – par les services de santé ou les services sociaux – comme étant des personnes défavorisées.

Depuis que notre association participe à des séjours Erasmus + sur cette thématique, Crim’Halt en a fait la promotion auprès d’acteurs de l’économie sociale et solidaire, de journalistes, de magistrats… Sans oublier bien sûr les familles de victimes que nous avons emmené sur ces programmes de formation.

A Sessa Aurunca, la coopérative sociale qui nous a hébergé cette semaine est un modèle de partenariat réussi pour aider des publics vulnérables et faire reculer l’emprise criminelle sur un territoire. Celui-ci fait travailler main dans la main des travailleurs sociaux, d’anciens détenus passés par le parcours de coopérateur de justice, des personnes en situation de handicap, d’anciens toxicomanes, les autorités qui luttent contre le crime organisé en Italie…Sans oublier des acteurs du monde éducatif, la population locale et au delà.

Et la coopérative ne compte pas s’arrêter là. Dernier projet en date : la gestion d’un nouveau bien confisqué récupéré par Al Di Là Dei Sogni au mois d’août 2025. Baptisé Al Di Là Del Mare, il s’agit d’une villa cossue située en bord de mer, saisie puis confisquée à un homme d’affaires local véreux qui faisait du business avec la Camorra. L’équipe de la coopérative réfléchit encore à ce qu’elle pourra faire sur place, un restaurant solidaire, un studio de musique pourquoi pas… Une radio associative, pilotée par une ONG, s’est dors et déjà installée au sous-sol de la villa qui compte deux étages et de beaux espaces extérieurs, à 3 minutes à pied de la mer. C’est un peu comme si chez nous, une belle demeure de la Côte d’azur était confisquée à un criminel notoire pour être transformée en centre culturel et social. Ça fait rêver non?

Al Di La Del Mare.
Crédit photo : Jolan Zaparty
Sur la terrasse du nouveau bien confisqué. Simmaco (2ème à g.), fondateur de la coopérative, nous a raconté l’histoire du bien.
Crédit photo : Jolan Zaparty
L’emplacement de la future radio associative.
Crédit photo : Jolan Zaparty

En résumé, pour lutter efficacement contre le crime organisé, il faut aussi des citoyens organisés. Les réseaux criminels se nourrissant des failles de l’État social, s’infiltrant là où l’action des pouvoirs publics se délite, ou les liens entre citoyens d’une même communauté s’affaiblissent. En faisant travailler ensemble une justice indépendante et des élus volontaires, des acteurs de terrain chevronnés et des habitants éclairés, opposons-lui donc une résistance collective.

Lors de notre retour du séjour organisé dans le cadre du projet L.E.G.A.L., la délégation française a pu défendre l’intérêt de tels projets auprès de l’élu Amine Kessaci, déjà fin connaisseur du modèle Italien. Gageons que ces nouveaux retours d’expérience et de terrains lui permettront à lui et à son équipe de monter de nouveaux projets pour faire avancer le modèle de l’usage social des biens confisqués à Marseille.

Retour d’expériences auprès de l’élu marseillais Amine Kessaci.
Crédit photo : Ville de Marseille

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